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412 NÉCROLOGIE. sentiment d'étonnernent général que l'on accueillit une pièce de vers charmante et d'un ton tout à fait nouveau qui parut dans le Courrier de l'Ain à l'époque de l'inondation de 1840. Après une description vive et saisissante des ravages causés par le fléau, Hugues faisait appel à la charité, à la bienfaisance de chacun. L'appel fut entendu. Des quêtes abondantes furent faites, mais le ton plein de sensibilité de cette pièce, les raisons touchantes qu'il donnait pour engager à essuyer tant de larmes, pour soulager tant de malheurs, indiquaient qu'une révolution radicale s'était opérée dans son esprit et dans son talent. Lorsque la République fut proclamée en 1848 dans nos monta- gnes, tous les jeunes gens crurent que notre poète allait se dé- clarer un de leurs chefs et prendre part à toutes les folies du jour. Il n'en fut rien ; proclamé président du club d'Ambérieux, il n'ac- cepta etne conserva ce poste dangereux que pour empêcher le mal et ne pas laisser une homme redoute du pays s'emparer de la direction des esprits. Hugues saluait, comme beaucoup d'imagina- tions jeunes et généreuses, tout ce qu'il pouvait y avoir de beau et de bon dans les idées de quelques-uns des chefs du mouvement, mais il ne croyait pas à la réalisation de leurs décevantes utopies. Bientôt la turbulence de quelques forcenés, les crises commer- ciales, la guerre civile vinrent lui enlever ses dernières et plus secrètes espérances. Un beau matin notre poète se réveilla guéri et désenchanté, et dès lors on s'aperçut qu'il ne s'occupait plus avec ardeur et sollicitude que du bonheur de sa famille et de l'éducation de son fils. Ce fils, objet de toute sa tendresse, fut le sujet de plusieurs de ses pièces et il le chanta dans ses vers comme il avait chanté sa jeune épouse, sa vieille mère et son pays natal. Depuis longtemps sa santé s'affaiblissait. Un jour il nous pria d'imprimer un choix de ses poésies. Toutes celles qu'il nous remit appartenaient à sa seconde manière, à ce qu'on pourrait appeler l'école Lamartinienne si à la mode pendant ces dernières années. En voyant ce désir de notre modeste ami, nous fûmes saisi d'un luneste pressentiment, il semble qu'avant de mourir on ait de ces désirs de laisser un souvenir à ceux qui nous ont aimés.