Pour une meilleure navigation sur le site, activez javascript.
page suivante »
                         FEDOR ET LOUISE.                       405
deviné, Fedor était étendu comme mort. Elle le reconnut à ses
vêtements, car sa tête était enveloppée de bandages.
   Elle suivit le char en pleurant. Elle avait oublié les injures et
les menaces de son frère.

                          CHAPITRE XIII.

               I A RÉCOMPENSE ET LE DÉVOUEMENT.
                .

   Fedor avait été placé sur son lit. Trois médecins, qui l'exami-
naient, firent sortir Louise afin de pratiquer une opération. Elle
fut douloureuse et les cris du malade déchiraient le cœur de sa
sœur. Elle était seule, car Madame Petermann était allée instruire
son père de ce malheur.
   Les médecins ayant terminé leur pansement, rappelèrent Louise
et lui recommandèrent de bien surveiller le malade. L'un d'eux
ajouta : nous avons encor l'espoir de lui conserver la vie, mais
son œil droit est entièrement perdu.
   Après quelque temps de calme, Fedor commença à s'agiter, à
vouloir se lever et arracher ses bandages. La fièvre fut violente
et il délira :
   — « Je ne suis pas un pinson; sortez ce fer rouge !. Entendez-
vous ? Ah ! mon Å“il ! mon Å“il ! Je suis aveugle, je suis un pinson !
Dois-je chanter ou siffler ? Je veux faire ce que vous voudrez, si
vous ne brûlez pas l'autre œil. Ecoutez, je chante :
           Tant que la guerre durera,
           Le bourgeois, le bonhomme,
           Tant que la guerre durera,
           Le bourgeois nourrira le soldat. »

   Il siffla ensuite pendant que Louise sanglottait.
   — « Ami! viens donc, je ne te ferai rien. Pourquoi caches-tu ta
queue? Ah! je te l'ai fait couper; ami, viens donc! On m'a
aussi coupé les oreilles. Ah! voilà le cerf, saute-lui dessus!
   « Didel dah ! didel ! ( chantant comme le serin). Le sceau d'eau
ne monte point et j'ai bien soif. Didel dah ! Où est le fil pour le
tirer? De l'eau, qui que tu sois; je ne puis plus chanter.»