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des autres parties. Mais quel dommage aussi que de tels sujets ne puissent
intéresser autrement que par le côté purement matériel de l'art.
   Si l'on s'arrête avec tant de plaisir devant VÉcole juive , c'est qu'il y a
déjà là plus qu'un effet. Il y a une scène, et une scène touchante par sa
naïveté, sa bonhomie ; c'est déjà la réalité sous un plus bel aspect. A côté
de cette vieille aux traits ridés qui semble sortie d'un tableau de Lucas
Cranach, on aime à contempler ces petites filles, l'une distraite et éveillée,
l'autre sérieusement attentive, une troisième nonchalante et rêveuse,
pendant que les rayons du soleil semblent jouer complaisamment avec les
longs cheveux d'or d'une blondinette, le dos tourné à la fenêtre. Toutes
sont gentilles à croquer. L'air et la lumière circulent au milieu de toutes
ces figures, tout cela s'éclaire, s'anime. Eloignez-vous ; chaque chose est à
son plan. La disposition du jour et des ombres est admirablement entendue,
seulement tout est presque à l'état d'ébauche , une belle ébauche à la vérité,
mais qu'il faut se résigner à regarder de loin si on la veut comprendre.
   Nous prendrons la liberté de dire aux coloristes modernes qu'à cet égard
ils ne sont pas du tout dans la voie des maîtres dont ils veulent hériter. Si
les peintres vénitiens, ces dieux de la couleur, jetaient à flots sur leurs
tableaux cette lumière chaude et mordorée qui en semble ruisseler, comme
dans ces paysages du Giorgion et du Titien où il ferait si bon vivre , ils
n'en poussaient pas moins très-loin l'étude de la forme et du modelé. Voyez
plutôt le merveilleux portrait de la maîtresse du Titien dans le salon carré
du Louvre. Cola tourne et sort de la toile comme un être vivant. La facture
est fière, hardie, pleine de verdeur, rien n'est laissé à l'indécision. Ces
maîtres ne connaissaient pas le mot d'à peu près, la largeur en eux n'exclut
pas la science ; et on peut dire que c'est Titien qui est vraiment le roi parmi
tous ces reis.
   Les coloristes en général ont un peu les mêmes qualités et les mêmes
défauts. Ce qui s'applique à l'un peut s'appliquer aux autres et éviter des
redites inutiles. M. S. Baron entend bien la couleur, et surtout l'art d'en-
velopper les objets dans un vague crépuscule, comparable à ces brumes de
l'été qu'on dirait formées de poussière de soleil. S'il apporte un peu plus de
soin dans l'exécution que quelques-uns de ses confrères, son coloris est
peut-être moins solide. Le meilleur de ses tableaux représente une dispute
de soudards en costume moyen-âge. Uentr'acte du paysagiste a les mêmes
séductions dans le faire, mais c'est bien ici qu'on peut accuser le choix du
sujet. La trivialité y descend jusqu'au choquant et le jeune artiste débraillé,
dont on devine les propos grivois a, dans le costume, l'attitude et l'allure
quelque chose de cynique qui froisserait le goût le moins exigeant.
  M. Leleux comprend la couleur d'une autre manière. Il procède plus volon-