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168 E X P O S I T I O N DE 1 8 5 4 - 5 5 . des autres parties. Mais quel dommage aussi que de tels sujets ne puissent intéresser autrement que par le côté purement matériel de l'art. Si l'on s'arrête avec tant de plaisir devant VÉcole juive , c'est qu'il y a déjà là plus qu'un effet. Il y a une scène, et une scène touchante par sa naïveté, sa bonhomie ; c'est déjà la réalité sous un plus bel aspect. A côté de cette vieille aux traits ridés qui semble sortie d'un tableau de Lucas Cranach, on aime à contempler ces petites filles, l'une distraite et éveillée, l'autre sérieusement attentive, une troisième nonchalante et rêveuse, pendant que les rayons du soleil semblent jouer complaisamment avec les longs cheveux d'or d'une blondinette, le dos tourné à la fenêtre. Toutes sont gentilles à croquer. L'air et la lumière circulent au milieu de toutes ces figures, tout cela s'éclaire, s'anime. Eloignez-vous ; chaque chose est à son plan. La disposition du jour et des ombres est admirablement entendue, seulement tout est presque à l'état d'ébauche , une belle ébauche à la vérité, mais qu'il faut se résigner à regarder de loin si on la veut comprendre. Nous prendrons la liberté de dire aux coloristes modernes qu'à cet égard ils ne sont pas du tout dans la voie des maîtres dont ils veulent hériter. Si les peintres vénitiens, ces dieux de la couleur, jetaient à flots sur leurs tableaux cette lumière chaude et mordorée qui en semble ruisseler, comme dans ces paysages du Giorgion et du Titien où il ferait si bon vivre , ils n'en poussaient pas moins très-loin l'étude de la forme et du modelé. Voyez plutôt le merveilleux portrait de la maîtresse du Titien dans le salon carré du Louvre. Cola tourne et sort de la toile comme un être vivant. La facture est fière, hardie, pleine de verdeur, rien n'est laissé à l'indécision. Ces maîtres ne connaissaient pas le mot d'à peu près, la largeur en eux n'exclut pas la science ; et on peut dire que c'est Titien qui est vraiment le roi parmi tous ces reis. Les coloristes en général ont un peu les mêmes qualités et les mêmes défauts. Ce qui s'applique à l'un peut s'appliquer aux autres et éviter des redites inutiles. M. S. Baron entend bien la couleur, et surtout l'art d'en- velopper les objets dans un vague crépuscule, comparable à ces brumes de l'été qu'on dirait formées de poussière de soleil. S'il apporte un peu plus de soin dans l'exécution que quelques-uns de ses confrères, son coloris est peut-être moins solide. Le meilleur de ses tableaux représente une dispute de soudards en costume moyen-âge. Uentr'acte du paysagiste a les mêmes séductions dans le faire, mais c'est bien ici qu'on peut accuser le choix du sujet. La trivialité y descend jusqu'au choquant et le jeune artiste débraillé, dont on devine les propos grivois a, dans le costume, l'attitude et l'allure quelque chose de cynique qui froisserait le goût le moins exigeant. M. Leleux comprend la couleur d'une autre manière. Il procède plus volon-