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# FEDOR ET LOUISE. 329 — Comment ! dit Louise, après m'avoir défendu de les accep- ter, tu en veux la moitié ! — Je voulais que tu les refuses, mais puisque tu ne m'as pas écouté, je réclame ma part. Je désire acheter un serin qui fait monter sa nourriture dans un petit bassin, son eau dans un sceau, rien de plus amusant. Un marchand de la foire en a bien une cinquantaine en vente. — Cela ne se fera pas ainsi, dit Louise d'un air résolu. Je donnerai l'argent à notre père auquel il sera plus utile qu'à nous. Du reste, nous sommes beaucoup trop pauvres pour éle- ver des oiseaux. — Bah ! le père n'acceptera jamais ces quelques sous. Il est beaucoup trop fier. Si j'étais aussi sûr de toute autre chose que de cela ! — Il les prendra, mais laisse-moi faire. J'agirai comme le médecin qui, pour donner ses remèdes aux enfants gâtés, en forme des pilules qu'il leur fait avaler dans un pruneau bien cuit. Mes pilules à moi seront deux pigeons qui feront le plus grand bien à l'estomac délabré de notre père. Si tu veux me promettre de laisser les chiens et les chats en repos, tu pourras prendre part à l'achat des pigeons. Fedor ne promit rien, mais il n'en suivit pas moins sa sœur au marché. Les enfants rencontrèrent bientôt un officier à cheval, suivi de son domestique. — Un beau cheval alezan, dit Fedor en admirant celui que montait l'officier. Le cheval noir du domestique n'est pas non plus à dédaigner. Ah ! il y a cinq ans nous avions encore cheval et voiture ! — Et une bonne mère, ajouta tristement Louise. Fedor n'entendit pas ces dernières paroles, car il s'était arrêté pour voir descendre le cavalier. Avant d'entrer dans une belle maison où il avait affaire, l'offi- cier examina soigneusement son cheval, puis, «'adressant à son domestique, il lui dit avec colère : — Coquin ! tu mériterais des coups de cravache ! Qui t'a dit