page suivante »
328 FEDOR ET LOUISE. sa tante. C'est une véritable caverne d'assassins que cette maison. Si j'avais fait autre chose que caresser ce misérable chat ! L'un me faisait de gros yeux, l'autre sifflait. Ils auraient bien voulu m'arracher les yeux ou me déchirer les mains. As-tu vu ce gros carlin qui hurlait contre moi comme s'il avait eu un os au fond du gosier V Avec quel plaisir je lui aurais lancé un coup de pied ! Comment as-tu pu accepter cet argent ? Je l'aurais jeté à ses pieds. C'est une jolie tante. Elle est un peu comme le boulanger Doos qui préfère mille fois son cheval à sa femme et qui le dit à qui veut l'entendre. Oh oui ! si nous étions chiens ou chats cette tante nous accueillerait un peu mieux. Ici Fedor prit une pierre et la lança à un chat qui passait près de lui ; — Voilà pour toi, dit-il avec joie, voilà pour tes griffes ! — Mais, s'écria Louise, pourquoi la jettes-tu à cette pauvre bête qui est innocente ? — Innocente ! dit Fedor, et comment donc cela ? Tous les chats sont faux et méritent qu'on les lapide. Partout où je ren- contrerai un carlin ou un basset il en aura autant. Il faut enfin qu'ils reçoivent le prix de leur méchanceté. — N'as-tu pas honte de parler ainsi, dit Louise. Qu'y peuvent donc ces pauvres bêtes si notre tante est sans pitié ? — S'il n'y avait pas tant de chiens et de chats, dit Fedor, les malheureux trouveraient mieux à vivre. Les chiens seuls dévorent en un jour une énorme quantité de nourriture ! Mais regarde, Louise, vois cette belle dame avec son chien sous le bras, et derrière elle suit la bonne qui traîne l'enfant. Comment ! ce n'est pas révoltant ! Plein de colère, il lança un coup de pied dans les côtes d'un chien qui passait près de lui et le fit crier d'une manière pi- toyable. — Je ne t'accompagnerai plus, vilain, dit Louise irritée. Pour- quoi te venger ainsi sur ces bêtes innocentes ? — Alors donne-moi mes dix sous, dit Fedor. — De quel argent veux-tu parler ? reprit Louise. — Eh ! de l'argent de la tante. Elle t'a remis vingt sous, cela fait dix sous pour chacun de nous.