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298 LETTRES INÉDITES que vous la faites juge entre nous, vous êtes bien sûr qu'elle fera pencher la balance en votre faveur. Aussi, dans ce cas, je ne compte pas sa voix , parce qu'il y a trop de partialité dans son jugement. Ainsi, quoique vous soiez d'accord tous deux contre moi, je n'en attendrai pas moins pour me décider que ma cousine ail pris un parti quelconque , dont le terme sera pour moi ou de recevoir de ses nouvelles , ou de de- mander à M. Aze la permission de lui donner des miennes. A propos de M. Aze, il me semble que vous devez le con- noître, car vous étiez ensemble de la société des déjeuners dont il éloit le premier adjudant. Si celte société eût subsisté jusqu'à ce moment, je pense qu'elle auroit joué un rôle dans la révolution, et seroit naturellement devenue un espèce de club littéraire et politique , qu'il eut peut-être été aussi diffi- cile que dangereux de vouloir fermer. Ainsi, j'aime encore mieux que les choses aient tourné comme elles ont fait. Il faut convenir que ces déjeuners u'éloienl pas sans agréments, et, qu'avec quelques modifications dans les aliments, quel- que réforme dans le choix des membres ; ils auraient pu de- venir une société fort agréable. Vous pourrez vous rappeler d'y avoir vu un grand nombre de gens de lettres , dont plu- sieurs n'étoient pas sans mérite, tels que Mercier, Rochon de Chabannes, Gailhava, Rétif, le Bailly, l'abbé Boizart, l'abbé Bordeaux et plusieurs autres dont les noms m'échappent, et qui y venoient habituellement. Vous y avez pu voir aussi Collin, Pons, Andrieux, duChosal, Murville, Imbert, Boucher; vous y avez, je crois, entendu lire une tragédie de Charles-Martel, par un tapissier dont M. Saint-Ange a depuis épousé la fille. Si la société n'avoit été composée que de ces Messieurs et de quelques amateurs inslruils , polis et aimables , elle eût été charmante. Mais je conçois que la facilité qu'avoit chaque membre d'amener un ami qui , lui-même , jouissoil de celle faculté, et toujours ainsi à l'infini, avoil fait peu à peu dègé-