Pour une meilleure navigation sur le site, activez javascript.
page suivante »
                   DES ORIGINES DU DEVOIR.                    207

avec les mêmes instincts que tous les êtres organisés et sen-
sibles que nous voyons se jouer dans les bois et dans les eaux ?
Pourquoi l'homme est-il le seul qui, combattant son pen-
chant, se condamne à la douleur du travail? Il faut dire
l'homme, et non pas quelques hommes, ni la plus nombreuse
partie des hommes; car vous l'avez bien remarqué, cet état
de combat contre nous-mêmes, celte fatigue de nos facultés
physiques ou intellectuelles, c'est l'exercice habituel de l'acli-
vité humaine. L'exception restreinte et monstrueuse, c'est
ia très-petite minorité qui condamne ses facultés à l'inertie
ou qui n'en met l'usage qu'au service du caprice ou de la
passion sans règle.
   On dira, du moins pour le grand nombre, que c'est la
nécessité qui le contraint, mais, y eût-il nécessité, ce serait
déjà une remarquable élévation que de la reconnaître.
L'homme seul a la prévoyance, et seul aussi il a la patience,
il sait souffrir volontairement un mal présent , en vue d'un
bien à venir. Celte semence qu'il confie laborieusement à la
terre, il aurait pu la dévorer pour assouvir sa faim d'un jour.
   Il faut que l'homme travaille pour gagner son pain ; mais
ce n'est pas assez dire. L'homme travaille pour gagner son
pain honnêtement. N"y a-t-il pas d'autre moyen pour avoir
du pain et plus que du pain? Certes, il y a la violence, la
fraude et les variétés infinies de l'injustice. Donc, l'homme
qui travaille choisit entre ce qui est moralement bon et ce
qui est moralement mal. Pour se tourner du côté du bien
moral, il accepte la douleur physique.
   Il est vrai qu'il y a autre chose dans la balance de sa vo-
 lonté, savoir : la puissance matérielle de l'organisation civile
et la crainte des peines légales. Mais la loi pénale elle-même
n'est pas une pure force ; elle ne prévaut que parce qu'elle
est reconnue juste et nécessaire par la conscience générale.
Si le plus grand nombre des hommes, qui empruntent leurs