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•-Vipsrfï.'? 208 UES ORIGINES DU DEVOIR. moyens d'existence au travail, ne donnaient pas leur adhésion aux lois qui répriment le vol et la violence, il n'y aurait point de coaction possible ; la force ne serait qu'individuelle, et toute société tomberait en dissolution. La contrainte de la loi sociale frappe le petit nombre que la loi morale ne retiendrait pas. La masse obéit à l'impulsion du devoir. Àllèguera-l-on le sentiment de l'honneur, le besoin de l'estime et de la considération ? Mais le prix que nous atta- chons à la raison d'autrui n'a de valeur que parce qu'elle est conforme à la nôtre. Le jugement public lui-même, par le- quel la société accorde la récompense de l'honneur à qui se soumet à la loi du devoir, témoigne que cette loi règne sur toutes les consciences. Reste le mobile le plus élevé : la soumission à la volonté de Dieu. Mais comme, d'une part, la notion rationnelle de la règle et de la loi est en nous pour nous conduire dans la voie du bien, et que nous savons, d'autre part, que Ja volonté de Dieu c'est le bien lui-même, il s'ensuit qu'il y a identité entre ces deux mobiles : obéir à la volonté divine, suivre la loi du devoir. Des écoles moitié politiques et moitié religieuses, donnant une fausse interprétation à nos traditions sacrées, ont repré- senté l'humanité comme fatalement condamnée au bagne du travail, sous la double garde de la faim et du bourreau. Dans ce système, il est clair que le travail est soustrait a la notion et au sentiment du devoir, puisqu'il est soustrait à Ja volonté. Mais nous repoussons au nom de celui qui a attribué à l'homme la raison et la liberté, ce fatalisme de Ja servitude qui, rivant notre espèce souffrante aux chaînes impitoyables du présent, ne lui laisse d'autre vertu qu'une résignation passive et sans ressort ; la liberté seule donne au travail sa dignité et son mérite, et en fait, entre tous les membres de l'humanité, un échange de services mutuels, dont les condi-