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                       ET DES SCIENCES.                     133

 choses justes ou injustes, permises ou défendues, bonnes
 ou mauvaises. On serait souvent rappelé a l'idée du vrai et
 du faux, de l'utile et du dangereux ; jamais a l'idée du bien
 et du mal. 11 y a des poèmes immoraux ; il n'y a pas une
 physique et une chimie immorales. Les sciences naturelles
 n'excitent jamais au mal; par contre, elles n'ont aucune ac-
 tion sur le bien.
    La neutralité que nous signalons dans les sciences sur
 toutes les questions du bien et du mal est loin de se trouve)'
dans les œuvres littéraires. Ouvrez un poème, un roman,
une dissertation philosophique, vous y trouverez toujours
une portée morale. L'œuvre pourra être dangereuse, exciter
des désirs ou des actions mauvaises ; mais elle touchera par
quelques points a la culpabilité ou au mérite. Lisez une nar-
ration quelconque; même en l'absence de toute réflexion de
l'historien et de toute attention de votre part, vous éprouverez
une émotion involontaire qui sera un jugement sur le fait au-
quel vous venez d'assister, et qui vous conduira dans l'occa-
sion a imiter ou à fuir une action analogue: preuve évidente
que si les lettres peuvent être immorales, elles ne sont jamais
indifférentes à la moralité.
    Comme toute puissance, elles peuvent ainsi produire des
effets variés suivant la direction qu'elles reçoivent : il faut
donc les soumettre à une discipline sévère pour qu'elles
produisent seulement les fruits salutaires qui peuvent ger-
mer de leur sein. Précaution nécessaire et cependant secon-
dée par la nature même des choses, car, suivant la pensée
de Mme de Staël : « La littérature ne puise ses beautés du-
rables que dans la morale la plus délicate. Les hommes peu-
vent abandonner leurs actions au vice, mais jamais leur ju-
gement. Il n'est donné a aucun poète, quel que soit son
talent, de faire sortir un effet, tragique d'une situation qui
admettrait en principe une immoralité. »