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134 DES LETTRES Grâce a un choix sévère et à l'excellence de leur nature, les lettres sont une force puissante de moralisation. D'abord elles transmettent les préceptes sous une forme qui frappe l'imagination, excite l'intérêt et lîxe les souvenirs. Les exem- ples se présentent en foule a l'appui de cette assertion ; je me contenterai d'en extraire quelques-uns du plus ancien des poètes, modèle de ceux qui l'ont suivi et qui a mérité ces paroles de saint Basile: « Toute la poésie d'Homère est l'éloge de la vertu, et tout ce qui n'est pas pour l'ornement tend à cette fin. » Si je lis l'émouvante histoire d'Ulysse, cherchant sa pa- trie et partout repoussé par des événements contraires, je peux n'y voir au premier abord qu'une suite d'incidents dra- matiques; mais, si je pénètre le sens des fictions, une sai- sissante moralité ressort de tous les événements. Le naufrage des compagnons d'Ulysse après le carnage qu'ils ont fait des troupeaux du soleil, exprime le danger d'exciter la colère des Dieux par le sacrilège ; les enchantements de Circé qui change en pourceaux ceux qui se livrent à ses séduc- tions figurent l'avilissement où conduisent les entraînements de la volupté. Mais il s'agit moins d'exciter l'intérêt de l'esprit que l'a- mour de ce qui est bien, et l'horreur de ce qui est mal. C'est h ce point de vue que les lettres manifestent surtout l'influence qui leur est propre. Elles agissent par les émo- tions du cœnr, source féconde de toutes les vertus. A quel point les grandes actions que les poètes ont chantées sont propres a exciter l'enthousiasme, et, par suite, l'imi- tation! Combien les exemples répandus dans l'histoire de dévoûment à la patrie, de fidélité a la parole, de maturité dans les réflexions, de décision dans les actes, d'empire sur soi- même, de générosité envers les faibles ont plus d'éloquence que des préceptes arides ! et comme l'admiration et l'amour