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72                  RAPPORT SDR L'HISTOIRE
trer l'influence de Descartes sur l'esprit des lois de Montes-
quieu , dans les divers écrits de Turgot, sur Rousseau, dont la
profession de foi du vicaire savoyard est pleine de réminis-
cences cartésiennes.
    On peut donc dire que le cartésianisme n'a pas cessé depuis
deux siècles d'être, avec des fortunes diverses, la véritable phi-
losophie française. Le XVIIe siècle nous le montre dans son ac-
tion énergique et glorieuse pour détruire les vieilles méthodes
scolastiques ; le XVIII" siècle nous le montre triomphant mais
ayant bientôt à lutter contre des doctrines qui , malgré d'illus-
tres adversaires, finirent par triompher avec Condillac, Destutt
de Tracy, Cabanis, Broussais, mais qui disparaissent à leur tour,
ne laissant derrière elles que des ruines et des doutes. Le
XIXe siècle enfin héritant de cette glorieuse tradition le remet en
honneur, puissant et épuré dans les leçons et les écrits des La-
romiguère , des Royer-Collard, des Cousin. Ce serait donc être
infidèle à toutes les traditions de la France que de renier Des-
cartes. Les plus violents adversaires eux-mêmes ont proclamé
son génie et ses services. Vico dit de lui qu'il est le plus grand
mathématicien du monde et qu'il avait une intelligence telle
qu'on n'en rencontre pas deux en un même siècle. Voltaire ,
dans un de ses bons moments , le proclame également le pre-
mier génie de son siècle, et il ajoute en parlant de ceux qui
nient son génie , son influence et les services qu'il a rendus ,
qu'ils peuvent se reprocher de battre leur nourrice. Je sais très-
bien qu'il est de mode aujourd'hui, dans un certain monde, de mé-
priser souverainement toutes ces hautes questions qui passion-
naient nos pères. A quoi bon la méthaphysique ? Cette question
est posée par deux classes de gens ; aux uns qui ne voieDt que
l'utilité , les résultats pratiques, nous répondrions de nouveau
qu'il ne peut y avoir de résultats pratiques sans théories scien-
tifiques , et qu'il n'y a pas de sciences possibles sans métaphy-
siques , sans philosophie ; aux autres qui, au nom de la reli-
gion , prétendent que la foi suffit et que la métaphysique est
non seulement inutile , mais dangereuse, nous répondrons par
ces belles paroles de Fénelon que cite M. Bouillier ( 11, p. 259 ).