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                 DE LA. PHILOSOPHIE CARTÉSIENNE.                    71

  si triste, rien qui doive cependant surprendre ceux qui ont étudié
  l'histoire. Partout et toujours il en a été ainsi ; les sectes et les
  doctrines naissantes persécutées à Ieu" origine au nom de l'au-
 torité et de la tradition, invoquent la liberté tant qu'elles sont,
 faibles et persécutées, mais lorsqu'elles sont parvenues à do-
 miner à leur tour, elles renient promptement leurs principes, et
 c'est par la force matérielle qu'elles essaient de se maintenir dans
 les positions qu'elles sont parvenues à occuper; il n'est plus
 question de leur part de cette liberté qu'elles avaient invoquée
 comme une, arme contre leurs adversaires tout puissants, mais
 dont elles n'entendent pas que d'autres puissent user contre
 elles-mêmes. Ces apostasies offrent assurément un triste spec-
 tacle, mais elles ne sont malheureusement que trop dans les
 tendances naturelles de l'esprit humain.
     Les persécutions et l'intolérance, grâce à Dieu, portent aussi
toujours malheur à ceux qui les emploient. Malgré tout ce que
les cartésiens purent faire, ils furent détrônés au XVIIIe siècle
par cette philosophie sceptique , matérialiste , railleuse, souvent
même athée, dont tout le monde connaît le caractère et l'his-
toire. Toutefois, ce qu'on sait peut-être moins et que M. Bouil-
lier a parfaitement mis en lumière dans ces derniers chapitres,
c'est que, même au milieu du triomphe de ces tristes idées qui
préparaient un si déplorable abaissement des intelligences et des
mœurs, le spiritualisme cartésien protesta par la bouche d'élo-
quents interprètes. C'est avec les principes de la philosophie de
Descartes que le cardinal de Polignac combat l'athéisme et le
matérialisme dans son poème célèbre de Y Anti-Lucrèce. L'illus-
tre chancelier Daguesseau applique les grands principes carté-
siens à l'étude de la jurisprudence et écrit un ouvrage spécial,
ses Méditations métaphijsiques pour démontrer, avec les carté-
siens, que l'homme peut par les lumières de la raison parvenir
à la distinction du bien et du mal, du juste et de l'injuste. En
 1765, l'Académie française met au concours l'éloge de Descartes ;
trente-rgix concurrents se présentent et le prix est partagé entre
deux écrivains qui, l'un et l'autre, plus tard , eurent de la célé-
brité , Thomas et Gaillard. Enfin , il n'est pas difficile de mon-