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204            ÉLOGE DE LOUIS-GABRIEL SUCHET.

 sans peur et sans reproche. Nul général n'obtint d'eux une
 obéissance plus prompte et plus absolue. Sa fermeté leur était
 connue ; ils le savaient inflexible pour l'accomplissement
 d'un devoir ; mais ils savaient aussi que sa sollicitude à leur
 égard n'avait point de bornes. Vivant au milieu d'eux, parta-
 geant leurs peines et leurs privations, veillant sur leur bien-
 être, ne prodiguant point leur sang dans des affaires inutiles,
 assurant les succès parla sagesse de ses combinaisons, il avait
 acquis sur leur esprit un ascendant qui ne lui fit jamais défaut.
    Il employait toutes les forces de son âge mûr à proléger
 ses anciens camarades, dont il était le père et le protecteur
 auprès du souverain. 11 s'enquérait de tous leurs besoins; il
 compatissait à leurs maux ; i! les accueillait en camarades.
 Le plus obscur d'enlr'eux n'était point oublié. Cet illustre
 capitaine était leur soutien et leur providence. Aussi, tous
 rendaient-ils hommage à sa bonté d'âme, à sa générosité, à
son noble caractère. Cet hommage montre à quel point ce
guerrier si justement renommé par sa bravoure et son huma-
nité avait su se rendre cher, dans la haute position qu'il oc-
cupait, à tous ceux qui faisaient appel aux sentiments élevés
de son cœur. Il rencontrait sur tontes les roules de vieux
soldats et de vieux officiers qui se montraient fiers d'avoir
combattu avec lui.
    « Mon général, j'étais un des capitaines, un des soldats
« de votre armée; » et lous parlaient de la patrie, de sa
gloire et de ses malheurs.
   Jamais, chez le maréchal Suchet, la colère, le dénigre-
ment , l'envie n'altérèrent la sérénité de ses traits. On
pouvait l'affliger sans jamais blesser sa bienveillance, ni le
rendre injuste. Il expliquait le mal par des motifs excusables,
et croyait au bien chez tous parce qu'il le sentait en lui.
   Intrépide pendant l'action, il marchait presque toujours le
premier à l'avant-garde et le dernier dans la retraite. L'au-