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162                 BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
 regarde le style, les qualités, les défauts, les divergences de style
 traités avec plus de clarté , de justesse et de vérité. Il y a, dans
 M. Collombet, une connaissance approfondie de la langue fran-
 çaise, et un tact très-fin pour discerner les bonnes locutions des
 locutions vicieuses. Son livre est à la fois une école de gram-
 maire et de goût.
    Ceux qui aiment le néologisme et le recherchent, n'auront pas
 d'actions de grâces à rendre à M. Collombet, car il le proscrit
 impitoyablement. 11 ne veut point de sommités littéraires , ar-
 tistiques, politiques, de haute capacité, de notabilité du siècle,
de gloire de la France et d'autres innovations semblables.
    Le journalisme qui a rendu de fort petits services à la religion
et à la morale, a, en revanche, puissamment contribué à corrompre
la langue littéraire. C'est le journalisme qui, pour ses besoins
quotidiens, a inventé ces locutions à la jois commodes et vagues.
Or, nous vivons tous plus ou moins sous l'influence du journa-
lisme; il est le despote de la parole comme de la pensée, ce qui
 fait que ses locutions ont envahi l'éloquence, la poésie, l'histoire,
 etc. Nous ne pensons pas que les protestations de M. Collombet
empêchent ces locutions de prendre place dans la langue fran-
çaise, mais nous confessons volontiers avec lui qu'elles sont vi-
cieuses et que c'est ainsi que les langues, en paraissant s'enrichir
par l'analogie, s'altèrent par le luxe des rapports qu'elles dé-
couvrent.
   Ceux qui aiment encore le style affecté , les grands mots , les
métaphores bizarres , les tours prétentieux, n'ont pas beau jeu
avec M. Collombet. 11 montre, dans une foule d'endroits de son
livre, par des exemples cités à propos, combien l'écrivain se rend
ridicule lorsque, oubliant les règles de la logique, il se laisse guider
uniquement par l'imagination des figures et la liaison des mots.
   M. Collombet excelle à prendre un fragment de poésie ou de
prose, à le disséquer avec le scalpel de la critique, pour en décou-
vrir le fort ou le faible. On serait quelquefois tenté, à là vue des
minutieuses observations qu'il se permet , de lui reprocher un
peu de taquinerie, mais son goût est si pur, son coup d'œil si juste,
ses remarques sont si vraies, que l'on est forcé, tout en s'impatien-