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EXCURSION DANS LE MIDI. 457
midi, M. Mérimée raconte d'une manière plaisante une anec-
dote qui vous expliquera comment il se fait que beaucoup de
ces grands personnages sont veufs de leurs têtes, ce qui ne
laisse pas que d'être fort désagréable* surtout pour des p r o -
phètes.
» En 1816 ou 1817, dit-il, un régiment corse était logé dans
le château des Papes. Les soldats en qualité d'Italiens avaient
le goût des belles choses et savaient les exploiter. Des Fran-
çais auraient balafré les saints ou leur auraient mis des mous-
taches. Les Corses les vendirent. Une industrie s'établit dans
le corps; elle consistait à détacher adroitement la couche mince
de mortier, sur laquelle la fresque est appliquée, de manière
à obtenir de petits tableaux qu'on vendait aux amateurs. De
cette manière un assez grand nombre de têtes ont disparu.
Celles qui restent ne sont probablement pas les plus i m p o r -
tantes et cependant il est impossible de les regarder sans ad-
miration. Les Corses ont donc fait preuve d'un goût fin et
délicat en donnant la préférence aux fresques noires sur ces
prophètes brillants d'or et d'azur. »
Aujourd'hui la tour est fermée et l'on a pris toutes les me-
sures nécessaires pour que ces dégradations ne puissent se
renouveler.
En rentrant à l'hôtel de l'Europe, notre cicérone me fit re-
marquer, presqu'en face de ce même hôtel, sur la place, une
maison dont le nom a acquis une bien affligeante célébrité.
— C'est là où le maréchal Brune logea en 1815, me dit-il,
et où il fut assassiné.
En ce temps là , c'était l'hôtel de la Poste. Depuis il a changé
d'enseigne. C'est aujourd'hui l'hôtel du Palais-Royal, sans
doute à cause du souvenir néfaste attaché à son ancien nom.
Ce sanglant épisode des réactions politiques de 1815, qui
eut un si épouvantable retentissement en France et dans
l'Europe entière, est de nos jours presque ignoré de la jeune
génération. Nous le retracerons doncjci, bien moins à cause du
saisissant intérêt qui s'attache à ce drame qu'à cause de l'en-