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                                 VARIETES.                                 421
soupçonner Ja pourriture sous le vernis,vous le laissez grossièrement debout.
   La conversation s'engage chez un artiste: — « Monsieur, votre talent comme
peintre d'histoire est bien connu à Paris.... — Je ne suis pas peintre d'his-
toire, je fais simplement le paysage, — C'est vrai, mais le haut style dont
vous embellissez vos Å“uvres permet de les appeler paysages historiques.
Vous feriez la fleur, la nature morte on les animaux que ce serait de l'his-
toire naturelle. On pourrait donc à la rigueur vous donner le titre de
peintre d'histoire. Ne soyez pas si modeste et entrons en matière» Une
maison importante de librairie publie une biographie de toutes nos célé-
brités contemporaines, et elle m'a envoyé à Lyon pour rechercher et
mettre en lumière les hommes remarquables que possède votre ville. »
   Ce début est adroit et c'est peut-être la première fois qu'un Parisien
s'avise de croire aux capacités de province et spécialement à celles de
notre pauvre Lyon. Si le fauteuil n'a pas été approché, indubitablement le
coup d'encensoir le fera subitement glisser sur le parquet. Cependant, je
dois le dire, je connais des gens assez mal élevés pour laisser dans la même
position ce monsieur si poli, et l'artiste chez lequel la scène se joue se
trouve dans ce cas.
   « Nous désirerions beaucoup votre biographie el nous serions enchantés
surtout qu'elle lût écrite de votre main. Vous comprenez combien tonte*
ces autobiographies donneraient de variété et de piquant à notre ouvrage.
Si vous n'êtes pas familiarisé avec la rédaction, alors j'aurais l'honneur de
m'en charger et je me contenterais de simples notes. C'est ainsi que j'ai
moi-même écrit la vie d'un grand nombre de nos illustrations parisiennes
et des meilleures, par exemple celle de M. X. Ah ! je vous avoue que celle-ci
m'a donné beaucoup de peine. Imaginez-vous que M. X voulait absolument
être qualifié de premier peintre de l'Europe. Vous devez comprendre mon
embarras : j'étais déjà chargé de la biographie des principales sommités ar-
tistiques de la capitale, et il m'était impossible de les placer au second rang,
elles ne l'auraient pas permis. — J e Vuus dirai que tous ces Messieurs ont
des prétentions exhorbitantes. — Je fus donc dans la nécessité de devenir
diploniate. J'allai voir M. X, et, après un certain nombre de visites, une
transaction intervint : il fut convenu qu'au lieu de premier peintre je met-
trais un de* premiers peintres. J'ai eu besoin de beaucoup de talent pour
mener à bonne iin cette difficile négociation, et je crois vraiment mainte-
nant que je serais un excellent diplomate. Je me sens capable d'arranger
les affaires d'Orient. J'ai vu à Lyon un grand nombre de vos compatriotes,
de ceux qui tiennent le pinceau, la plume ou la lancette. Je sors dans ce
moment de chez le docteur Y, qui a été enchanté de l'occasion pour se
mettre en évidence hors de son département. En effet, Monsieur, la re-
nommée est le seul moyen de parvenir, el on ne l'obtient que par la pu-
blicité. En province on a encore beaucoup de préjugés mesquins, et on
appelle cela charlatanisme. Les hommes le plus en vue, ceux dont la répu-
tation est faite, ne dédaignent pas cotre secours. Jugez donc si nous sommes
recherchés par les talents de deuxième et do troisième ordre. Nous deve-
nons la Providence de la plupart des capacités ignorées. Notre entreprise
est une œuvre extrêmement morale et qui tend à faire surgir une multitude
d'hommes et de femmes incompris. »
   Nous voilà arrivés au moment difficile : il s'agit de trouver une transi-
tion et de formuler clairement l'objet positif de la visite. On a doré la
pilule, mais elle n'est pas encore avalée. L'interlocuteur , homme d'esprit
et de conscience, commence à comprendre et se garde bien d'approcher un
fauteuil. Il froncerait même le sourcil si la haute comédie dont son cabinet
est témoin ne lui inspirait pas le désir de voir cet excellent acteur marcher