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260 PÉLOPONÈSE. raille aux assises superposées et formant des cercles qui se ré- trécissent à mesure qu'ils s'élèvent. Le jour pénètre par le som- met défoncé du cône et jette une lueur sépulcrale, indécise et triste, comme ce pâle crépuscule qui éclairait les mânes des hé- ros dans les Champs Elysées. La nuit, les rayons de la lune s'égarent parfois dans cette noire enceinte et viennent y évoquer les sanglants fantômes desfilsd'Atrée.Une autre cavité, plus petite et simplement creusée dans le roc, est contigue au tombeau pro- prement dit. C'est là que les Atrides tenaient leur trésor, pour le rendre inviolable comme leurs dépouilles mortelles. A quel- ques pas de là , deux tombeaux de construction semblable mais moins gigantesques sont à demi cachés sous les décombres ; on n'a point encore fait de fouilles pour en déblayer l'entrée. Le regard ne pénètre dans leur ténébreuse profondeur que par leur sommet défoncé et recouvert de broussailles. La gueule perfide et béante de ces cavités semble attendre de jour en jour qu'une créature imprudente vienne s'y précipiter et s'offrir ainsi d'elle- même en victime aux dieux infernaux. En remontant sur la col- line voisine, on entre enfin dans la citadelle ; un énorme chaos y trouble l'imagination ; des murailles cyclopéennes se mêlent à des ruines d'une époque plus récente ; des fragments de por- tes et de tours se font çà et là remarquer à travers des débris informes ; plus loin, une galerie démantelée chemine hardi- ment sur la crête d'un précipice au fond duquel roule et gronde un torrent ; chaque année, un nouveau pan de muraille chan- celle et tombe dans cet abîme, comme si le vertige l'eût saisi tout à coup après tant de siècles. Le-monument le plus remar- quable est celui qu'on appelle la Porte des Lions ; c'est une grande porte carrée, couronnée par une large et haute pierre sur laquelle sont sculptés deux superbes lions qui se dressent, comme dans un blason, contre une colonne, et semblent se me- nacer l'un l'autre. Jamais l'antiquité ne m'était apparue sous un plus sombre e( plus fatal aspect, et j'éprouvais une joie étrange à me livrer à la secrète terreur que me causaient ces lieux. Mais une pluie torrentielle nous en chassa bientôt, et nous dûmes chercher