page suivante »
124 ÉL0UE DE LOUIS-GABRIEL SUCHET. Le 10 janvier 1812 , le maréchal Suchel entrait à Valence avec son corps d'armée. Gelait pour la première fois qu'il lui arrivait de se montrer en triomphateur dans une ville conquise. Mais aujourd'hui, soit orgueil d'avoir terrassé une armée r é - putée invincible,soit désir de frapper l'Espagne par un éclatant spectacle , prenant des airs plus hauts que de coutume , il choisit un jour favorable pour faire dans la capitale de Valence une entrée trimphale. Toute la population de la ville se trouvait sur pied dès le malin, pour contempler celte grande scène. Suchet, entouré de son élat-major, suivi de ses guides et de sa belle cavalerie, richement vêtus, était l'objet des regards d'une foule im- mense, silencieuse, saisie à la fois de Iristesse et d'admira- tion, impression naturelle chez un peuple patriote, mais vif et ardent, orgueilleux et fier , frappé de tout ce qui est grand, jaloux de connaître son vainqueur, et les généraux et soldats les plus renommés qu'il y eût alors au monde. La belle figure du Maréchal, sa taille distinguée et noble , sa physionomie ouverte, son sourire gracieux et affable, l'expression mâle de ses traits, sa longue et épaisse chevelure noire , signe de la vigueur de son corps, tout dans son aspect et sastalure frap- pait les yeux, gagnait les cœurs et allénuait la haine que les Espagnols portaient en ce moment à leurs vainqueurs. Tel fut le spectacle que présenta Valence : le peuple était dans les rues, la riche bourgeoisie se tenait aux fenêtres. Quant à la noblesse, elle avail fui, remplie de crainte. Les femmes de cette bourgeoisie espagnole semblaient avides du spectacle qui s'étalait sous leurs yeux : quelques-unes lais- saient couler des larmes ; aucune ne poussait des cris de haine ou des cris de flatterie pour les vainqueurs. Heureuse l'Espa- gne de garder sa dignité dans son désastre ! Les magistrats de Valence offrirent les clefs de la ville à Suchet, qui les reçut en disant qu'elles appartenaient à un plus