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 14                 ÉTUDE SUR FRAYSSINOUS.

 s'effrayaient tout à la fois pour l'auteur de trouver dans son
 ouvrage l'éloge de certaines institutions que l'Eglise n'a cessé
 d'approuver. Il semblait à beaucoup d'honnêtes gens que
 l'auteur s'efforçait d'entraîner son siècle à l'amour de la
 religion chrétienne par des voies trop profanes, trop semées
 de fleurs.
    Ce n'était certainement plus l'apologie grave et solennelle
 de Bossuet, ni l'enseignement laborieux et froid de Bergier.
 Le nouveau défenseur se présentait avec des armes nouvelles
 et un esprit nouveau ; que n'eûl-on pas dit, s'il n'eût fait que
 répéter les manœuvres de ses devanciers? Le pouvait-il,
 d'ailleurs, et les temps ne demandaient-ils pas autre chose
 de lui ? Avec la grâce séduisante de son langage et la ri-
 chesse de son imagination, Chateaubriand voulut montrer à
 des hommes qui sortaient de la Terreur et des orgies de 93,
 que celte religion, contre laquelle on avait épuisé les sarcas-
 mes et les railleries, était une source de poésie et d'inspiration
pour les arts et les lettres, que ce culte et ces institutions
qu'on avait tenté de noyer dans le sang, avaient une gran-
deur et un charme ineffables. On sait quelle variété de pein-
tures, quelle richesse inouïe de couleurs Chateaubriand vint
déployer à des yeux qui n'avaient rien vu encore de pareil
dans une pareille cause. Qui donc, avant cet heureux
novateur, avait essayé d'expliquer les beautés littéraires
et morales de la liturgie , des prières de la messe , par
exemple? Et qu'y avait-il là de profane et de déplacé?
Pourquoi demander à un écrivain ce qu'il n'a pas voulu, ce
qu'il n'a pas dû faire, peut-être? pourquoi ne pas lui tenir
compte de ce qu'il a fait ?
    Le Génie du Christianisme, en dépit des censures contem-
poraines, comme du peu d'importance que bien des gens
lui voudraient assigner aujourd'hui encore, a ouvert la voie
dans laquelle se sont précipités de nobles esprits, et il est