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                      JACQUES DE VINTIMILLE.              225

« mins te sont ouverts ; tu peux aller retrouver sans crainte
« les lares paternels ; légitime héritier des Palcologues, tu
« peux rentrer au sein du magnifique empire dont un en-
« nemi barbare les a dépouillés. Allons, pars, ne tarde
« plus : repasse la vaste étendue des mers ; je te rendrai
« alors l'heureuse condition que tu regrettes. — Et moi :
« Pourquoi, déesse, troubler le repos dont je jouis? Je suis
« fatigué; _je suis vieux: de si grands avantages ne me ten-
« tentpas. Que me parles-tu de mer,de navires,de calamités
« et de tempêtes? Qu'ai-je affaire de nouvelles aventures et
« d'un second exil ? Pourquoi m'offrir un trône que d'in-
« nombrables soucis environnent ? Le trône ne convient
« qu'à ceux qui aiment le faste, le sang, la guerre ! La
« France est désormais ma patrie. Adieu, Rhodes, pénates ;
« et toi, quim'as vunaître, Cos, patrie d'Hippocrate, adieu!
« Je n'ai qu'un désir, c'est de rester où je suis, dans cette
« contrée sûre, là où sont encore respectés la paix, la re-
« ligion, les plus imprescriptibles droits ; là où fleurissent
« de savants hommes en tout genre, troupe aimable, et
« avec eux Flore , Paies, Bacchus, la nourricière Cérès.
« Cyrrha (1) maintenant est barbare ; la Grèce a adopté les
« mœursdelaScythie: il ne lui reste plus rien de sonfantique
« piété. Mais si les Turcs étaient chassés des rivages de
« la Thrace, par-delà les Palus-Méotides et les mers de la
« Tartarie ; si à la rudesse qu'ils ont introduite succé-
« daient des mœurs plus douces ; si Thespies recouvrait
« son ancienne gloire.... oh! alors, je ne m'en défends pas
 « ( car il faudrait que j'eusse été élevé dans l'affreux Cau-
 « case pour vouloir oublier tout-à-fait ma patrie ) , c'est
 « avec joie que je voguerais de nouveau sur les mers
 « d'Ionie ; c'est avec joie que j'irais revoir mes lares tant
 « regrettés. Ma Muse volerait à travers la mer Egée,
 « Délos, Cos et les Colosses, et irait tremper ses lèvres
 « aux fontaines d'Aonie. »

   (1) Ville de la Phocide, au pied du Parnasse.
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