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24 JACQUES DE VINTIMILLB. pour n'y plus rentrer, l'île de Rhodes, où ils s'étaient glorieusement maintenus pendant près de deux cent vingt ans ! Les tempêtes, les maladies, la famine, mirent le com- ble à tant d'infortunes. Obligée de relâcher à Candie, à Cérigo, à Gallipoli, la petite flotte n'arriva à Messine qu'au commencement du mois de mai, et dans un état si misérable, que le grand-maître, au lieu du pavillon or- dinaire de l'Ordre (1) , ne voulut arborer sur son vaisseau qu'un étendard où la sainte Vierge était représentée te- nant son fils mort entre ses bras, et sur lequel on lisait ces mots : Affïictis spes unica rébus : « Dans notre af- fliction, il n'y a que lui qui puisse nous venir en aide. » Bientôt la peste s'étant déclarée à Messine, les chevaliers, atteints presque tous par le fléau, durent se réfugier dans le golfe de Baïes,près de Naples, où ils séjournèrent pendant un mois. Enfin, plus de six mois s'étaient écoulés depuis leur départ de Rhodes, lorsqu'ils entrèrent dans le port de Civita-Vecchia, qui était le but de leur navi- gation. De là , ils se rendirent à Rome, où le grand-maî- tre eut une conférence avec le pape, s'établirent provi- soirement a Viterbe, dans le patrimoine de saint Pierre, puis, de nouveau chassés parla peste, se retirèrent à Nice, d'où ils revinrent à Viterbe. Os menaient à leur suite et continuaient d'entretenir à leurs frais les quatre ou cinq mille Rhodiens qui s'étaient attachés à leur fortune. Mais on comprend que, dans de certains moments, le dénûment de toute cette popula- tion était extrême.. Quelles rudes épreuves pour les en- fants de Madame de Vintimille, élevés dans le luxe, et parvenus à un âge où les impressions sont aussi vives (1) Une cioix hlaneho, sur fond rouge.