page suivante »
FAMILLES LYONNAISES, DE COMBLES. 233
Pendant sa de'tention, il sut introduire une sorte de gaîté dans
un lieu peu propre a en inspirer, en improvisant quelques
scènes ; le geôlier s'y laissa prendre et fournit le matériel du
théâtre. Sous prétexte de compléter ses décorations, ses
costumes et ses machines, M. de Combles put se procurer
ce qui était nécessaire pour une évasion. La veille du jour
fixé pour l'accomplir, il annonça pour le lendemain une re-
présentation extraordinaire devant surpasser tout ce que l'on
avait vu jusque-là , la grande fuite de Polichinelle. Afin de
ne pas contrarier les préparatifs, il demanda et obtint qu'on
ne vînt pas le déranger pendant toute la matinée. 11 tint pa-
role, à l'heure indiquée pour la représentation , Polichinelle
était parti. Le tour était bien joué, et M. de Combles, dit-on,
parvenu hors des limites du bourreau, utilisa encore son
talent dramatique pour gagner sa vie jusqu'au retour de
l'ordre.
Une autre anecdote de marionnettes , arrivée plus tard
dans les salons du comte de C..., à Lyon, doit être.mise, je
crois, sur le compte de son fils. 11 s'agissait d'une pièce ins-
pirée par une circonstance dont le souvenir n'est pas venu
jusqu'à nous et intitulée: l'Ecole des maris. Dans cette
pièce burlesque, trente maris mécontents des fredaines de
leurs moitiés, les empoignaient, le Code civil à la main, les
troussaient et, exposant aux regards du public !a partie oppo-
sée au visage, leur administraient une correction conjugale.
Les spectatrices furent exaspérées de ce dénouement et
M. de Combles honni pour avoir semé d'aussi dangereux fer-
ments de révolte dans le camp des maris jusque-là si débon-
naires. On démolit son théâtre et on exigea qu'il fît solen-
nellement des excuses au beau sexe.
Ce fait appartient aux chroniques intimes de la société de
Bellecour. Il serait indiscret d'en entretenir le public,
même à soixante ans de distance. Revenons à Charles-Jean