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8                         POÉSIE.

Du sourire à l'aurore et du râle au couchant,
Et de sombres plaisirs, énervant leur jeunesse.
Poignarder de la main quand la bouche caresse,
Entraînant à jamais dans l'éternelle nuit
Des âmes que le ciel avait faites pour lui.

Que croire de ces mots: honneur, vertu, patrie,
Quand la bouche du crime à toute heure les crie !
Que croire de ce Dieu grand et dur tour à tour
Qui donne l'existence et qui défend l'amour,
Qui sans me consulter, malgré moi me fait naître
Et prévoyait pourtant ce que je devais être;
Qui nous jette ici-bas sans guide et sans appui,
Et créant des mortels les veut purs comme lui ?

Voilà ce qu'à vingt ans je venais pour te dire,
Siècle qui malgré moi me force à te maudire.
J'ai demandé longtemps, j'ai cherché, j'ai lutté,
Mes yeux n'ont pu trouver la sombre vérité ;
J'ai regardé le ciel et j'ai sondé la terre ;
Rien n'a pu déchirer le voile du mystère ;
J'ai remué partout, sous le trône et l'autel ;
N'ayant rien deviné qui fasse croire au ciel,
Je n'ai plus retenu ma raison révoltée :
L'absence de vertu fait devenir athée.
J'ai voulu consulter de sublimes esprits :
Socrate ni Platon n'avaient pas mieux compris.
Ils se sont demandé quelle était la lumière ?
Et sans se contenter ont fermé leur paupière.
Vingt siècles sont passés qu'ils ont fui d'ici-bas.
J'interroge à mon tour, et l'on ne répond pas ;
Et dégoûté de tout, de moi, de l'espérance,
Ennuyé des plaisirs d'une sombre existence,