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116 JACQUES DE VISTIMILLE. la Cyropêdie de Xénophon. Jacques s'empressa de défé- rer à ce désir : il entreprit sans répugnance un travail dont il comprenait toute l'utilité pour sa nouvelle patrie. « J'ay tousjours estimé, écrivait-il longtemps après, « dans son excellent Advertissement et remonstrance « aux censeurs de la langue françoise, que ce n'est « moins d'honneur de bien traduire que d'inventer. El « diray plus, que les translateurs ont plus apporté de « profit aux Romains et François, que les autheurs mes- « mes; et sans iceux , l'Italie, la France et Allemaigne « seraient abysmées en profonde ignorance. Les au- « theurs plus signalez , qu'ont-ils, faict autre chose que « traduire, imiter, refaire, desguiser et compiler les in- « ventions d'autruy? Conférez les Grecs aux Latins, « TOUS trouverez que Plaute et Térence ne sont autre « chose que Ménandre et Aristophane desguisez ; Cicéron, » orateur tant estimé, imitateur et singe de Démosthène ; « Virgile, poète sans pair, translateur de Théocrite, « Hésiode et Homère. Justin, par ses épitomes , a faict « perdre l'histoire de Trogus Pompéius, le premier de « son temps ; et peu s'en a fallu que Florus n'en ayt faict « autantde Tite-Live. Bref, les plus grands autheurs se « sont emplumez , sinon par larcin, du moins par imita- « tion des œuvres d'autruy. Telle est la vicissitude de « toutes choses, et la condition des influences célestes. » Cette manière d'envisager l'invention littéraire était plus neuve du temps de Vintimille, elle était surtout plus nécessaire qu'elle ne le serait aujourd'hui. Notre vieille langue avait son génie sans doute; mais elle ressemblait à ces arbres qui, faute de culture, ne produisent que des fruits médiocres. Rabelais, dans la prose, et Marot, dans la poésie , avaient montré ce qu'elle pouvait ; mais, sous leur plume habile, elle n'avait guère exprimé que la gaîté