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210 LETTRE A M. MULSANT transition de la vie obscure à la destinée resplendissante : La nymphe s'enferme avec joie Dans ce tombeau d'or et de soie Qui la voile aux profanes yeux, Certaine que ses nobles veilles Enrichiront de leurs merveilles Les rois, les belles et les dieux. Lebrun, Od., III. Vos travaux à la main, Monsieur, je puis connaître, je puis distinguer, je puis éviter ou chercher dans les foules de ces générations infimes mes amis et mes ennemis, mes partisans et mes adversaires. Nul n'échappe à vos regards, nul à vos attentions; vous savez où celui-là se fourre, où celui-ci se retire ; quelles ruses l'un emploie, et quels outils l'autre. Rien ne vous échappe : mœurs, habitudes, distinctions , ressemblances, vous remarquez tout,, vous prévenez de tout. Théophraste, Labruyère, Duclos ont-ils mieux disserté sur le compte des humains que vous sur celui des insectes, en ce passage? « Arrivés à leur état complet de liberté dans la dernière période de leur existence, les Lamellicornes ont des des- tinées bien différentes : ils semblent reproduire le tableau bigarré de l'inégalité des rangs dans la vie humaine. Les uns, comme des parias, incapables de s'élever au-dessus de la condition obscure dans laquelle ils ont passé leurs premiers jours, restent condamnés jusqu'à la fin de leur vie à la nourriture la plus vile , aux fonctions les plus dégoûtantes. Analogues, au contraire, à nos heureux du siècle, ceux qui occupent l'extrémité opposée de cette échelle sociale , après avoir échappé aux misères com- munes à l'enfance, se trouvent parés dé vêtements somp- (1) Id., ibid., et 24.