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418 JACQUES DE VINTIMILLE.
Henri II accueillit favorablement la traduction com-
plète de la Cyropédie : Vintimille la lui présenta avec la
traduction à çft Histoire des successeurs de Marc-Aurèle
par Hérodien (1), qu'il avait commencée -vers la même
époque, étant, .comme il le dit, » en expédition de guerre
« soubs le grand roy François , es camps de Jaillons et
« Boloigne. » Il avait dédié cette dernière au connétable
Anne de Montmorency dès l'année 1544. Elle ne parut
que dix ans après , précédée d'une lettre à l'auteur par
Pontus de Tyard, son ami, qui lui avait dérobé sa traduc-
tion et l'avait fait imprimer à son insu (2).
Ces traductions furent alors très-remarquées, quoique
Amyot eût déjà publié son Plutarque. Elles méritèrent
à Vintimille les bonnes grâces du roi, et lui valurent une
gratification considérable. Le naturel, la simplicité gra-
cieuse, l'élégance qui les distinguent, le feu doux et pi-
quant qui les anime , trouvèrent dans le monde savant et
à la cour de dignes appréciateurs. Mais elles essuyèrent
aussi quelques critiques (3), épreuves que subissent tôt
ou tard les œuvres auxquelles il est donné d'occuper l'at-
tention publique. Vintimille, plus sévère encore envers
lui-même, remania plusieurs fois , et après beaucoup
d'années, ses traductions ; mais de la mauvaise humeur
pédantesque de quelques censeurs, qui lui reprochaient .
jusqu'à sa qualité d'étranger, il ne se préoccupa guère ;
car son premier tort à leurs yeux était précisément de
(1) C'est une traduction latine du même ouvrage qui, dans le siècle
précédent, avait commencé la réputation d'Ange Politien, dont les talents
jetèrent tant d'éclat sur l'administration de Laurent de Médicis, à Florence.
(2) On lit en tête de la traduction d'Hérodien (édition de 1580) une
longue pièce de vers, adressée par Guillaume des Autels, poète Bourgui-
gnon, à Pontus, au sujet de ce larcin littéraire.
(3) Baillet, Jugement des savants (1722, 7 vol. in-4°, tome III, page 110), «
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