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146 FONTAINES.
Ecole des Beaux-Arts a étudié l'art grec dans ses plus
belles productions, dans leur ensemble et leurs plus min-
ces détails, on comprend que l'émment professeur en soit
resté imprégné pour sa vie ! Bien loin de s'étonner de son
goût exclusif pour les formes pures et régulières de ces
vieux chefs-d'œuvre, on ne peut que lui savoir gré
d'avoir creusé des sources dont il a su faire jaillir tant
de jets nouveaux. Vous voudriez qu'un artiste eût mené
de front l'art grec et l'art ogival ? Accusez donc Racine
de n'avoir pas rompu avec l'hémystiche et avec les trois
unités. Permis de le regretter, mais non de s'en plaindre.
Sans doute, si j'eusse pu trouver, après tant de fontaines
païennes, parmi tant de déités de l'Olympe et de Paphos,
un sujet modestement chrétien, comme on en voit plus
d'un dans les Compositions architecturales de M. Chena-
vard ()), qui symbolisât la fidélité, le deuil relevé par
l'espérance, la douleur tempérée par la charité, la gaieté
même, don inséparable d'une conscience sans tache et de
l'incessante envie de répandre le bonheur autour de soi,
je sais bien la fontaine où je l'aurais conseillé, le vieux
saule pleureur qui l'aurait ombragé, l'humble oratoire qui
l'eût avoisiné. Mais la montagne porte une chapelle gothi-
que, et rien de païen n'a jamais approché de ce jardin.
J'éprouve quelque peine, je l'avoue, de n'avoir pu, parmi
tant de charmantes fontaines, en découvrir une seule qui
pût s'harmoniser avec lui, mais je n'en suis point surpris ;
je ne pouvais m'y attendre, et je n'en tiens pas moins le
recueil de M. Chenavard pour une mine féconde , où les
vrais artistes, toujours honorés d'être les disciples d'un
tel maître, puiseront souvent des inspirations et des
modèles.
Louis GUILLARD.
(1) 54 planches in folio et texle, Perrin, 1860.