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MO fichue position... Il peut vous tuer du premier coup... Il ne faut pas que ça vous effraie ; si vous avez quelque disposition à faire, quelque chose à faire dire à votre femme, vous pou- vez me le confier, je ferai votre commission avec exacti- tude. — Merci... — Ah! mon Dieu, ne vous gênez pas ; voyez-vous, dans ces cas-là , on est déjà assez à plaindre, et l'on est bien aise de trouver un ami. Le patient fouilla ses poches , et n'y trouvant pas ce qu'il cherchait, il dit à César d'une voix émue et que les soupirs entrecoupaient d'une façon piteuse : Mo...on... ami... prêt... êlez-moi votre mouchoir, je n'ai...ai... pas le mien. Deux grosses larmes roulaient dans ses yeux et allaient déborder les paupières ; il eut la précaution de tourner le dos pour que son adversaire et la galerie ne le vissent pas les essuyer avec le mouchoir bleu, bariolé de peinture que César lui avait prêté. — J'aurais tout de même aimé, dit-il, me battre à l'épée. — Oh ! oh ! pas de faiblesse , morbleu ! — Non , non -, oh! je n'ai pas peur. Le tonnelier avait la figure rouge d'émotion et peut-être un peu de vin. Le cabaretier était pâle, mais faisait pour la foule une assez bonne contenance. Le malin César était seul dans le secret de ce qu'il éprouvait. C'était un singulier contraste que présentait la figure de ces deux hommes agités sans doute du même sentiment : celui de leur danger, et qui al- laient s'égorger pour un mot, pour une querelle de ca- baret. César le philosophe, à qui cette différence ne pouvait échapper, se creusait la tête à en chercher la cause. Il s'ex- pliquait assez bien la rougeur du tonnelier , en comparant son sang à de la couleur qui, vivement fouettée, prend tout- à -coup une nuance plus vive causée par le sédiment déposé au fond et que l'agitation fait remonter à la surface. Mais