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29 sion qu'elle avait produite sur l'ame candide du jeune alle- mand, et s'amusa de son originalité : les regards inquiets qui là suivaient l'intéressaient; sa timidité lui plût; la durée de ses poursuites la flatta ; et puis son amour-propre l'engagea à con- server une conquête que toutes les femmes lui enviaient. Sûre d'elle-même , Marguerite jouait avec les sentiments de Paul ; elle étudiait ce cœur chaste et brûlant qui la divinisait ; cet amour qui ne se trahissait que par sa force et son res- pect. Comment ne pas être enorgueillie de cette constante abnégation de soi-même, de cette muette adoration si diffé- rente de ces goûts égoïstes et insolents que les hommes ma- nifestent si impudemment aux femmes! Quel plaisir surtout de montrer à celles-ci quelle haute supériorité le choix d'un homme comme Paul, lui donnait sur elles! Lui, il l'adorait d'un de ces amours qui semblent une fleur tombée du ciel sur les ruines impures de notre civilisation. Il se livra tout entier à un amour purement admiratif, dont toutes les sen- sations vierges ne s'épanchaient point au dehors. Ce furent d'innombrables désirs éveillés, comprimés, combattus ; des émotions si profondes, si soudaines, si multipliées, que son cœur se brisait mille fois sous tant de poignantes impressions. Comme il bondissait dans sa poitrine quand Marguerite, de sa voix un peu voilée, lui adressait quelques mots! Que de mystérieuses félicités il avait ensevelies dans son cœur, quand assis auprès d'elle, mollement bercé par les vagues, il suivait son regard perdu dans l'espace ! C'est le plus flatteur de tous les triomphes pour les fem- mes , que celui qu'elles obtiennent sur un homme, lors- qu'elles devinent une passion profonde, cachée sous une ap- parente insensibilité , et on assure que peu sont assez géné- reuses pour ne pas en jouir avec cruauté. Quant à Margue- rite , elle abusait avec un art infini cette pauvre ame qui s'é- tait donnée à elle ; elle s'amusait à jouer avec lui de petites scènes où, actrice consommée , elle déployait un talent de dissimulation et un froid esprit d'observation qui lui permet-