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230 du génie ; il était triste et rêveur. —D'où vous vient, lui dis- j e , cet air abattu, à vous dont le courage a été tant de fois éprouvé ? — On serait triste à moins.—Mais il me semble que nos troubles civils sont sur le point de finir. —Et qui vous donne lieu de le croire ? nous apportez-vous des nou- velles? vous habitez la place des Cordeliers, l'un des princi- paux centres de l'insurrection : les ouvriers y sont-ils en force? J'appris alors à cet officier que sur cette place les rebelles étaient à peine au nombre de soixante -, que la plupart man- quaient de fusils , n'étaient armés que de mauvais pistolets, de vieux sabres et de piques qu'ils avaient fabriquées eux- mêmes , en attachant divers instruments tranchants à des bâtons. J'ajoutai que je sortais de la Préfecture, où M. le secrétaire-général m'avait paru tranquille, qu'il m'avait dit que cette malheureuse lutte louchait à sa fin , et qu'il croyait que dès le lendemain la circulation dans les rues serait per- mise à tout le monde ; qu'à la vérité ce langage pouvait être celui d'un fonctionnaire désireux de rassurer les habitants ; mais que je ne pouvais prendre pour des paroles hasardées les dires de deux citoyens recommandables que je venais de voir, arrivant l'un de Vienne et l'autre de St-Etienne; que le premier , M. Ithier , manufacturier, qui avait bien voulu se charger de la mission difficile de venir chercher des nouvelles de Lyon, et d'y en apporter de Yienne^ assurait que les ouvriers de cette dernière ville ne faisaient aucun mou- vement, qu'ils ne manifestaient aucune effervescence vrai- ment inquiétante , ne paraissaient nullement disposés à mar- cher sur Lyon , et qu'il serait aisé de les maintenir dans ces dispositions pacifiques -, que le second , M. Oberkampf, négo- ciant du quartier St-Clair, qui venait de St-Etienne et que nous avions reçu à l'Hôtel-Dieu parce qu'il lui avait été im- possible de se rendre chez lui, nous avait également donné de très-satisfaisantes nouvelles sur l'état moral de la popula- tion dans la ville d'où il sortait ; que ces deux voyageurs s'ac- cordaient pour affirmer que des gardes nationales seraient