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  du génie ; il était triste et rêveur. —D'où vous vient, lui dis-
  j e , cet air abattu, à vous dont le courage a été tant de fois
  éprouvé ? — On serait triste à moins.—Mais il me semble
  que nos troubles civils sont sur le point de finir. —Et qui
  vous donne lieu de le croire ? nous apportez-vous des nou-
 velles? vous habitez la place des Cordeliers, l'un des princi-
 paux centres de l'insurrection : les ouvriers y sont-ils en force?
      J'appris alors à cet officier que sur cette place les rebelles
 étaient à peine au nombre de soixante -, que la plupart man-
 quaient de fusils , n'étaient armés que de mauvais pistolets,
 de vieux sabres et de piques qu'ils avaient fabriquées eux-
 mêmes , en attachant divers instruments tranchants à des
 bâtons. J'ajoutai que je sortais de la Préfecture, où M. le
 secrétaire-général m'avait paru tranquille, qu'il m'avait dit
 que cette malheureuse lutte louchait à sa fin , et qu'il croyait
 que dès le lendemain la circulation dans les rues serait per-
 mise à tout le monde ; qu'à la vérité ce langage pouvait être
 celui d'un fonctionnaire désireux de rassurer les habitants ;
 mais que je ne pouvais prendre pour des paroles hasardées
 les dires de deux citoyens recommandables que je venais de
 voir, arrivant l'un de Vienne et l'autre de St-Etienne; que le
 premier , M. Ithier , manufacturier, qui avait bien voulu se
 charger de la mission difficile de venir chercher des nouvelles
 de Lyon, et d'y en apporter de Yienne^ assurait que les
 ouvriers de cette dernière ville ne faisaient aucun mou-
 vement, qu'ils ne manifestaient aucune effervescence vrai-
 ment inquiétante , ne paraissaient nullement disposés à mar-
cher sur Lyon , et qu'il serait aisé de les maintenir dans ces
dispositions pacifiques -, que le second , M. Oberkampf, négo-
ciant du quartier St-Clair, qui venait de St-Etienne et que
nous avions reçu à l'Hôtel-Dieu parce qu'il lui avait été im-
possible de se rendre chez lui, nous avait également donné
de très-satisfaisantes nouvelles sur l'état moral de la popula-
tion dans la ville d'où il sortait ; que ces deux voyageurs s'ac-
cordaient pour affirmer que des gardes nationales seraient