Pour une meilleure navigation sur le site, activez javascript.
page suivante »
                              Ã83
  des eaux de sources, et par ses prairies qui étaient en ce
  moment très riches de fleurs. En face et à gauche une chaîne
 de montagnes parsemées de tours gothiques en ruines et de
 quelques vieux châteaux démantelés forme Vhorison sans
 le borner entièrement. Sur la droite, au contraire, une
 plaine immense comme un désert, se déroule et fuit devant
 l'Å“il, bien loin, jusqu'aux tilleuls qui ombragent aujourd'hui
 l'éminence où se dressait jadis le fort d'une ancienne petite
 ville de guerre. Lorsque j'entrai dans le salon, le Baron fit
 quelques pas au devant de moi et m'invita à m'asseoir au-
près d'une table à thé ; il y avait épars plusieurs numéros
du journal de Seine-et-Oise, qui parlaient de lui, les Prisons
de Silvio Pellico , et deux numéros du Constitutionnel dans
lesquels on s'entretenait du mariage de Louis XVII avec la
Duchesse de Berry, laquelle , ea ce cas, ne serait point de-
venue Madame Luchesi Palli. Vous savez qui je suis, me dit-
il, on a dû vous l'apprendre, sans cela vous ne seriez pas
ici. On a dû vous faire connaître aussi ma vie, ses agitations,
ses malheurs. Tout ce qu'on vous a dit est vrai. Proscrit, j'ai
parcouru les mers, j'ai échappé à des dangers inimagina-
bles, et dans des pays sauvages j'ai su habituer mon corps
à des fatigues inouïes. Heureux quelquefois, malheureux
plus souvent, j'ai mangé dans le Nouveau-Monde à la table
des rois, et j'ai gémi dans les prisons de Milan. Dépouillé
alors par le gouvernement autrichien des titres qui pou-
vaient me faire reconnaître, je me suis vu de nouveau, après
deux ans de captivité, forcé de traîner une existence qui
m'est bien lourde. En sortant des cachots de Milan, je me
rendis~ÈLGenève, puis je rentrai en France, puis je par-
courus les pays ~ Voisins, sans-cesse obligé d'être en garde
contre la perfidie d'un moiiehard ou le poignet d'un gen-
darme. Enfin la révolution de Juillet-arci.vaj j'étais à Paris;
un rayon d'espérance parvint jusqu'à moi           Illusion! Un-
autre avait déjà pris ma place. J'ai dû recommencer ma vie
errante, mais je ne puis la supporter plus longtemps; je-