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174 s'élever. Vous aurez des canons allemands .pour couler vos bronzes, des marbres de Carrare el des Pyrénées pour bâlir. Voyons, Académiciens, membres de l'Institut, artistes, ar- chitectes, fondeurs, travaillez. L'argent ne vous manquera pas, c'est l'Europe entière qui fait les frais. Mais déjà les fondations sont hors de terre-, un triple portique les surmonte, puis vient un altique, au dessus duquel plane la victoire dans un char volé aux Vénitiens Ici la critique a de la peine à s'exprimer franchement. Car.ces architectes, si vantés , n'ont su tirer de cette donnée que la plate et mesquine copie de l'arc de Seplime-Sevère, ou de tel autre. Encore l'ont-ils défigurée par des ornements impossibles et ridicules. Ecrasé par les bâtisses des Tuileries , le monument du Car- rousel semble un jouet d'enfant, et l'énormité des fonds em- ployés , la richesse des marbres, la profusion des bronzes ne peuvent voiler son impuissance. Des soldais français, la bayonnette au bout du fusil, y sont vus courant à la mort en compagnie des aigles romaines. On voit là des manipules à côté du drapeau aux trois couleurs; le canon se mêle aux bou- cliers : des paludamentum anliques couvrent les épaules de Rléber ou de Marceau. Des flèches volant en l'an 1800; Pépée romaine, la lance gothique, la pique des anciens , le fusil moderne, se groupent en faisceaux : des Renommées nues sous le ciel brumeux de Paris, cornent noire gloire à travers le Liluus. Jupiter joint ses foudres à ceux de Napo- léon, et nos frégates, sous la forme de trirèmes, sont guidées à la victoire par Mars et Neptune. Tel amiral mo- derne, le croirait-on, s'y montre entouré de rostres et d'avirons, il tient en main un bélier, tandis qu'à ses pieds des cavaliers de la garnison parisienne montent la garde sous les portiques latéraux, et que la victoire en Clamyde étale ses bras nus au-dessus des chevaux de Corinthe. Eh bien! à la vue de cette rhapsodie grotesque, il n'y eut qu'un cri d'admiration chez les amateurs de haut lieu, et les