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65 DÉCOUVERTES DANS LA LUNE , FAITES AU CAP DE BONNE-ESPERANCE , PAR HERSCHELL FILS , TRADUIT DE L'AMERICAIN DE NEW-YORCK, PAR M. A. ET A. Ayant d'entrer dans l'examen critique de MM. A. et A., nous remarquerons, en passant, que ce qui faitau fond tout le prix des légendes, c'est qu'elles nous soient transmises intactes et dans toute leur grossière naïveté ; car c'est précisément sur ces fragments bruts , sur ces restes tronqués d'une civilisa- tion enfouie, que nous cherchons à la deviner, que nous es- pérons la recomposer ; et dans ce travail on nous nuit plus qu'on ne nous sert, en altérant les matériaux avant de les mettre dans nos mains.Une chronique quelconque, avec des restitutions d'amateur, me fait l'effet d'une statue antique res- taurée avec de la terre glaise. Ceci est dit à propos de YAmerican qui, ayant trouvé son article des Découvertes dans la Lune tout fait dans Cyrano Bergerac, a écrasé de sa lourde prose le style plein d'humour de l'auteur du Pédant joué. Refaire la première donnée, essayer de rajeunir la piquante naïveté de l'Histoire comique de la Lune, prendre dans les Mondes de Fonlenelle pour ses maladroites soudures, c'est un sacrilège dont l'outrecuidance américaine était seule capable. Après avoir été pillésuccessivement par Swift et par Molière, qui ont eu le bon goût de ne pas dénaturer leur vol, Cyrano pouvait encore fournir au journal Kanfeî'edequoi faire cent articles bien aussi ingénieux que celui des Découvertes dans la Lune ; s'il eût copié littéralement, il aurait eu de même les palais de cristal, et les émeraudes de 80 pieds, et de p l u s , des oiseaux aussi bons chanteurs que Lablache et Tam- burini ; et puisqu'il prenait la liberté grande d'étayer sa nar- ration des noms d'Herschell et du docteur Grant, et de l'égayer par la description d'un télescope dont l'objectif n'a pas moins 5