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tion au tambour des lycées impériaux où Bonaparte, empereur, voulait
mettre la pensée de toute la France en uniforme et faire un peuple de
soldats au lieu d'un peuple de citoyens ».
Quand Lamartine eut vingt ans, sa famille estimant qu'il se désho-
norerait à servir l'« usurpateur », s'empressa de le soustraire à la cons-
cription. Elle l'envoya passer l'hiver à Lyon : « Nous sommes bien aises,
lit-on dans le Manuscrit de ma mère, qu'on ne le voie pas trop ici, parce
qu'il est d'une taille remarquable et qu'il pourrait tenter les agents de
l'Empereur pour nous contraindre à le faire entrer dans l'armée et nous
refuser le remplaçant que nous lui achetons ». En 1813, quoique ayant
fourni déjà trois « remplaçants », il fut désigné pour entrer dans les gardes
d'honneur où des jeunes gens de familles riches s'équipaient eux-mêmes
et se préparaient à devenir officiers ; mais le préfet de Mâcon intervint,
et, sollicitant pour lui une exception d'âge, le fit nommer maire de Milly.
C'est en cette qualité qu'il dut loger et nourrir dans ce petit village du
Maçonnais un détachement de trois cents Italiens qui, avec les Autrichiens
du général Bianchi, repoussaient vers Lyon les troupes d'Augereau.
Les événements se précipitèrent et, le 10 avril, la mère de Lamartine
notait dans son journal : « Il paraît, d'après les bruits qui courent, que la
pauvre France, véritablement morte, va ressusciter et sortir enfin de l'état
affreux d'oppression, de tyrannie et d'agonie où nous sommes depuis
deux ans... Il n'y a pas d'autre salut pour la France que la réconciliation
avec l'Europe, sous les auspices des anciens rois bannis ».
Le même cri de soulagement dut monter aux lèvres de Lamartine,
lui aussi avait souffert du régime impérial. Si les lettres qu'il écrit à ses
amis pendant cette période sont muettes à cet égard, c'est peut-être par
un accord tacite entre ces jeunes gens qui se savaient surveillés ; mais
on se tromperait de croire que Lamartine fût indifférent à la chose publi-
que. N'a-t-il pas écrit, en 1863, que la politique fut « la vocation secrète
et constante » de sa vie, « dès l'âge où la nature, plus forte que le préjugé,
parle dans l'homme »? (2)
Nous savons qu'il subit aussi directement le contre-coup de ce régime
tracassier et impitoyable qui se faisait un jeu d'enchaîner l'activité et de
briser l'élan des esprits. Lorsque, au sortir du collège, il avait commencé