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460 MON AMI GABRIEL — Mon cher ami, me dit-il, je suis désolé de ne pou- voir t'attendre', Je pars... — Pour l'Algérie ? — Oui. — Mais ton congé n'est pas expiré ? — Non, reprit-il avec un embarras mêlé de tristesse; mais il faut que je parte ! Je lui demandai alors des nouvelles de sa santé ; puis je l'accompagnai jusqu'à la gare où il me sembla tout étourdi par le bruit de la foule, Au moment de prendre son billet, avec un mouvement de résolution subite, il tira de sa poche un papier qu'il me présenta. — Regarde ! me dit-il. La signature avait été effacée ; il n'y avait que quel- ques lignes d'une écriture fine, gracieuse, ondoyante, qui avait dû faire perdre la tête à mou pauvre ami. — Nous nous reverrons à un autre voyage, reprit-il avec un amer sourire en me tendant les mains. II A l'heure où nous sommes arrivés, Gabriel Reynaud, épuisé par le climal meurtrier de l'Afrique, avait quitté la magistrature, après avoir en vain sollicité une nomi- nation en France. Avec cette énergie et cette force de volonté qui ne l'abandonnèrent jamais, il était revenu dans cette ville de Dijon, toute pleine encore de ses sou- venirs d'étudiant, et avait pris place dans les ra.ngs du barreau, où son talent était aussi remarqué que son honnêteté et sa parfaite courtoisie. Un jour, je reçus de mon ami une invitation à son mariage. Grâce aux belles relations de l'oncle Philibert, qui était pris fort au sérieux avec ses velléités aristocra-