Pour une meilleure navigation sur le site, activez javascript.
page suivante »
                            L'ABBÉ PERR1N                         53

 Mais pour lui cet argent devient une ressource,
 Et je l'offre en retour de l'objet qu'on m'a pris ;
 Je ne veux pas qu'il ait la honte et mon mépris. »
 Alors, les bras au dos, l'aumônier se retourne ;
 Du groupe resserré son regard se détourne ;
 Il montre dans sa main l'argent qu'il a promis ;
 Le larron fait l'échange, et n'est pas compromis (1).
 Ce prêtre digne et bon, cette âme généreuse,
 Sut ennoblir les cœurs de sa foi chaleureuse...
 Le divin Sacrifice, offert tous les matins,
 S'annonçait, au préau, par des sons argentins.
 Ce signal des prisons avertit tout le monde ;
 Et l'on voit accourir une assistance immonde,
 Prête à se résigner au précis règlement,
 Pour entendre assez mal un saint enseignement.
 L'abbé, dans ses sermons, prêchait la tolérance,
 Tous les devoirs de l'homme, en laissant l'espérance.
 Dogmatique profond, esprit judicieux,
 Son langage incisif était sententieux.

  Il existait à Roanne une date importante ;
  Doux instants de répit, grande scène émouvante :
  La fête de Perrin. Le bienheureux patron
  Mettait à sa couronne un immortel fleuron.
. Les pauvres prisonniers veulent fêter leur père ;
  Mais l'argent fait défaut ; cela les désespère.
  Ils pourront néanmoins lui présenter des fleurs,
  Un bouquet magistral, aux plus fraîches couleurs ;
  Et, comptant leur pécule, ils complètent la somme,
  S'adressent au concierge, indulgent et brave homme (2)...
  Des fleurs dans la prison!... emblème gracieux,
  Subissant le contact des ignominieux !


    (1) Il donnait, chaque dimanche, quelques sous à tous les prison^
  niers, pour le tabac.
    (2) te brave concierge se nommait Chaise.