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MADELEINE 301 Nous ajouterons que Madeleine, abandonnée ainsi à elle-même, avait beaucoup rêvé dans sa vie. Tant qu'elle avait été jeune et un peu jolie, elle avait espéré du hasard un changement heureux dans sa destinée. A présent qu'elle atteignait ses vingt-cinq ans, et que la tristesse, plus enco- re que les années, avait flétri son visage, elle n'atten- dait plus, elle n'espérait plus ! Ne croyons pas cependant qu'elle se soit facilement ré- signée à une semblable existence. Non, il y avait des ins- tants où, abattue, découragée, sa nature sensible se dé- solait à l'idée de vieillir sans aimer. Toutefois, à l'heure où commence ce récit, ce tumulte du cœur avait complètement cessé pour Madeleine. Elle ne songeait plus qu'à ces dernières paroles de Juliette : « // faut vivre pour notre père et notre mère ! » III L'orage ayant cessé, le garde-général prit congé de lle M Verneuil, l'esprit tout bouleversé par la vue de cet intérieur si cruellement partagé. Profitant de la permission qui lui avait été donnée, Albert Dupart, à dater de ce jour, retourna souvent chez la pauvre recluse. Bientôt même, ces visites devinrent un besoin pour lui. Il n'avait pas d'amour, il le croyait du moins ; mais l'intérêt que lui inspirait Madeleine allait presque jusqu'à l'affection, jusqu'au dévouement. Il se trouvait précisément qu'Albert, nature exaltée et rêveuse, se plaisait dans l'atmosphère de tristesse qui régnait autour de cette jeune fille. Aussi venait-il là , près d'elle, discuter la vie et parler de ses mécomptes, sans s'apercevoir, que, dans cet échange d'idées et de senti- ments, s'exhalait de ces deux âmes une vive sympathie