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PHILIPPE-AUGUSTE G0N1N 93 goût pour cette science ; son imagination ardente lui montrait dans les branches industriellesJnen des décou- vertes à tenter, bien des pas à faire faire aux divers engins et machines que le commerce met en mouve- ment, et certaines fortunes colossales acquises, rapide- ment dans l'industrie, le faisaient rêver. C'est donc de ce côté qu'il dirigea ses vues ; c'est dans la fabrication des soieries qu'il passa quarante années de sa vie ; non point une vie calme et paisible comme on pourrait le supposer, mais une vie agitée, inégale, parsemée d'orages violents et de succès inespérés, de chances invraisemblables. Cependant, le souci des affaires était loin de l'absorber entièrement. En feuilletant les manuscrits qu'il a laissés, nous trouvons diverses pièces dont les dates indiquent que, bien jeune encore, sa vocation littéraire commençait à se révéler. Ce sont des romans, des contes, des comé- dies ou des satires, soit en vers, soit en prose, le tout assaisonné de fin sel gaulois, et de cette bonhomie rail- leuse qui était le fond de son caractère ; ou bien des légendes empreintes de la sombre terreur dont les récits de sa grand'mère et de sa vieille bonne avaient frappé son imagination d'enfant. « Dans notre fiévreuse exis- te tence (écrivait M. Gonin), existence pleine de déceptions a et de désirs incessants qui chacun, pour stigmate, « laisse au front une ride de plus, quel est celui de « nous qui ne s'est parfois abandonné au souvenir d'une « douce et insoucieuse enfance ? Heures légères et trop « courtes qui, par une cruelle antithèse, font trouver la « réalité si sombre et si triste. Et dans ces pensées ré- « trospectives, la souvenance des longs récits écoutés « ardemment aux veillées d'hiver tient june large place. « Joyeux, on se préparait alors à frémir, à avoir bien « peur lorsque la vieille bonne pressée, obsédée, voulait