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14                     L'ABBÉ PERRIN
Le digne André paraît ; sa, figure est riante ;
Aussitôt cette tourbe, animée et bruyante,
S'empresse autour de lui, l'acclame allègrement ;
Le plus ferme orateur bégaie un compliment,
Très-naïf et peu long; mais toujours bien sincère;
Il rappelle à Perrin l'heureux anniversaire,
Ses touchantes vertus, quel lien les unit ;
Ce discours terminé, le prêtre les bénit,
S'assied au milieu d'eux, et le repas commence ;
Gai moment où cessait leur cruelle abstinence!...
Mais l'éternel destin, rigide en ses faveurs,
N'accorde aux réprouvés que d'amères saveurs.
A l'étrange banquet succèdent l'atonie,
Le poignant souvenir de leur ignomie,
Un affreux désespoir, ou de tardifs regrets,
La crainte de la mort, par de justes arrêts.
Bientôt s'appliquera, dans le sombre édifice,
La loi du talion, le honteux Sacrifice.
Jours atroces d'angoisse, horrible affolement
Qui disposent l'esprit au lourd affaissement..

En dehors de ces murs est une immense foule ;
On entend au lointain la charrette qui roule ;
Ce bruit, c'est le bourreau, justicier fatal,
Accouru pour punir un forfait capital !
Le porte-clefs s'avance, il va vers la chapelle,
Parle à l'officiant qui pâlit et chancelle :
Un coupable est frappé du jugement humain ;
Pour lui le moindre espoir n'a pas de lendemain !

     Il paraît ! son teint est livide ;
     Son Å“il oblique" est sans lueur ;
     Du criminel la mort avide
     Vient le marquer de sa hideur ;
     Le malheureux frissonne et pleure ;
     Il approche à pas chancelants ;