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Il avait perfectionné son procédé pour le blanchiment des toiles, et
comme c'était depuis long-temps l'objet constant de ses recherches et de ses
pensées, il quitta l'Ecole polytechnique pour recommencer à Saint-Vallier
ses expériences pratiques,
Forcé encore une fois d'y renoncer, il devint, en 1802, professeur de
chimie au collège de Tournon, alors transformé en école centrale du dépar-
tement de l'Ardèche. De l'école centrale de I'Ardèche, il fut appelé, en
1805, par le ministre de l'Intérieur Chaptal, à la chaire de chimie appliquée
à la teinture que venait de fonder la ville de Lyon, et dans ce professorat
qu'il exerça avec une rare distinction , il rendit d'importants services à l'in-
dustrie lyonnaise.
Napoléon voulut, en 1810 , faire concourir les lumières de la chimie au
succès de son système continental. Il consacra un prix de 50,000 francs Ã
la découverte d'un procédé pour teindre en bleu la soie et la laine sans au-
cun emploi d'indigo. Le problème était difficile ; dans tout autre temps, il
eût même paru insoluble, M. Raymond se mit à l'œuvre , e t , après trois ans
d'expériences sans cesse répétées , il parvint à donner à la soie avec le bleu
de prusse (prussiate de fer) une couleur égale et brillante, beaucoup plus
belle et plus solide que celle qu'avait jusque-là donnée l'indigo.
Cette découverte fut pour l'industrie lyonnaise un immense progrès; aussi
la reconnaissance publique décerna-t-elle à cette nouvelle couleur le nom
de bleu-Raymond.
L'empereur fit remettre à l'inventeur une somme de 8,000 francs à valoir
sur l'encouragement promis, et sans les événements politiques qui le préci-
pitèrent du trône, il eut sans doute complété cet acte de munificence , car,
quoique le problème ne fût pas entièrement résolu , il était fort avancé.
Les expériences de M. Raymond ont été continuées par le3 chimistes les
plus distingués de l'époque, et surtout par son fils et son gendre , et le but
que se proposait l'empereur est aujourd'hui atteint, au point que l'usage
de l'indigo a presque entièrement disparu de nos grands ateliers de teinture.
En même temps qu'il professait à Lyon, M. Raymond créait à Saint-Vallier,
en 1815, une manufacture de produits chimiques. En 1818, il quitta sa
chaire pour venir diriger lui-même cet. établissement, e t , secondé par son
fils et son gendre, il y introduisit de nombreux perfectionnements. Cet
établissement lui a survécu , et c'est aujourd'hui encore l'un des plus impor-
tants et des plus habilement dirigés qui existent en ce genre (1).
( i ) M. Raymond fils rend également chaque jour d'importants services à l'art de la teinture.
Non-seulement il cet parvenu à teindre la laine en bleu sans emploi d'indigo , en perfection-