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rière. On ne va pas loin quand on change tous les jours de roule. Songez
bien qu'il n'y a que de très grands succès qui puissent justifier votre abandon
des mathématiques;, 014 ceux que vous avez déjà eus présagent ceux que vous
devez attendre. Mais je sais que vous ne pouvez mettre de frein à votre cer-
veau.
« Cette idéologie ne fera-t-elle point quelque tort à vos sentiments reli-
gieux? Prenez bien garde, mon cher et très cher ami, vous êtes sur la
pointe d'un précipice: pour peu que la tête vous tourne , je ne sais pas ce
qui va arriver. Je ne puis m'empéclier d'être inquiet. Votre imagination est
une bien cruelle puissance qui vous subjugue et vous tyrannise. Quelle diffé-
rence il y a entre nous et Noël! J'ai retrouvé ici les jeunes gens qui appar-
tiennent comme moi à la société que vous savez. Combien ils sont heureux !
Combien je désirerais leur ressembler !
Mais une autre lettre un peu postérieure (mars 1806),
achève de nous révéler Fintériëur de ces nobles âmes trou-
blées et de les éclairer du dedans par un rayon trop di-
rect, trop prolongé et trop admirable de nuance, pour
que nous le dérobions. Nulle part l'auteur à 'Orphée n'a
été plus élégiaque et plus harmonieux, en même temps
que la réalité s'y ajoute et que la souffrance y est présente:
« J'ai reçu, mon cher ami, votre énorme lettre ; elle m'a horriblement
fatigué. Le pis de cela, c'est que je n'ai absolument rien à vous dire, au-
cun conseil à vous donner. Nous sommes deux misérables créatures à qui
les inconséquences ne coûtent rien. Un brasier est dans votre cœur, le
néant s'est logé dans le mien. Vous tenez beaucoup trop à (a vie, et j'y
tiens trop peu. Vous êtes trop passionné, et j'ai trop d'indifférence. Mon
pauvre ami, nous sommes tous les deux bien à plaindre. Vous avez été
ces jours-ci l'objet de toutes mes pensées, et voilà ce que je crois à votre
sujet. Il faul que vous quittiez Paris, que vous renonciez aux projets que
vous aviez formés en y allant, parce que vous ne pourrez jamais trouver ,
je ne dis pas le bonheur, mais au moins le repos, dans cette solitude de
tout ce qui tient à vos affections. L'air natal vous vaudra encore mieux , il
sera peut-être un baume pour votre mal. Camille Jordan part pour Paris.
Il a le projet de former à Lyon un Salon des arts, qui serait organisé à peu
près comme les Athénées de Paris. Il y aurait différents cours. Camille m'a
consulté sur les professeurs dont on pourrait faire choix. Je lui ai parlé