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                    SOUVENIRS — 1813-181-4-1815                                 417

c'est pas comme les autres ! Celui-ci entre dans un cabaret, boit sa
bouteille, mange son morceau de fromage sur le pouce et remonte
à cheval, et puis cours après si tu peux. Oui, oui, je t'en fiche,
cours ! Ah ! quel homme ! quel homme ! »
   Dans la journée, il reçut les autorités qui, avec ou sans répu-
gnance, furent bien obligées d'aller lui présenter leurs hommages.
   On cite à cette occasion un propos par lui tenu à un partisan
bien connu des Bourbons, lequel avait sous l'Empire fait le chien
couchant :
   « Monsieur, lui dit-il, connaissez-vous ce pont ?
   — Mais Sire!...
   — Monsieur, on l'appelle le pont Tilsitt, vous l'aviez, sans doute,
oublié, puisque vous venez "de le nommer le pont de l'Archevêché.»
   Sur le midi il tira sa montre, et affecta de dire devant plusieurs
personnes :
   « A cette heure l'Impératrice doit être à Strasbourg. »
   Deux heures après, à la Bourse, où ce propos était répété, les
denrées coloniales haussèrent de 10 pour 100, comme si le vieux
système continental allait revivre. L'Empereur en fut informé dans
la soirée et on rit beaucoup.
   Heureux ceux qui vendirent !
   De toutes parts, on voyait affluer de vieux militaires mis à là
retraite, qui venaient demander à être replacés eu activité de ser-
rice. Aux troupes de ligne grossissant d'heure en heure, se joi-
gnirent aussi des compagnies de volontaires lyonnais pour monter
la garde autour de sa personne.
   Le samedi, déjà entouré des régiments de cavalerie et d'infan-
terie, malgré un temps aigre, il annonce une revue sur la place
de Bellecour. La neige tombait par bourrasques. Un homme comme
lui tire parti de tout. Accueilli à son arrivée par les acclamations
frénétiques des troupes, il s'avança sans par-dessus et visible-
ment transi par le froid '.

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     L'empereur passait cette ïevdô, lorsqu'on lui remit un rouleau de papier enve»
loppé d'un ruban de la Légion d'honneur. OnTouvritj le rouleau renfermait vingt-
cinq billets de banque avec ces mots : A Napoléon ! à la Patrie. L'empereur voulut
Connaître l'auteur de cette mystérieuse et délicate offrande, et il parvint à savoir
qu'elle était due à M. Gêvaudaii. (Soavjmrs inédits ch. Mme E.i. née d'Ai) Ce cadeau
        DÉCEMBRE 1882. — T; IV";                                         27