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294 LA R E V U E LYONNAISE Fait des révérences de pie, Relève son vertu gardin, Courbe les yeux sur son tetin, Porte la main dessus sa gorge. Blanche comme un souffleur de forge, Elle n'a garde d'oublier De visiter le benoistier, Y trempant le gris à l'enaude Gomme un bailleur de chiquenaude, N'osant prendre le vipillon Peur de gaster son-cottillon. J'ai choisi cette citation de préférence à d'autres : elle forme un petit tableau complet : et aussi parce que je n'ai guère trouvé à couper ailleurs dans ce poème sans y rencontrer abondance de termes que la langue du seizième siècle supportait parfaitement, mais que la pruderie actuellement de mise rejette bien loin d'elle. C'est pour la même raison que je ne dirai rien du Caquet et Babil des femmes et chambrières. Si La méchanceté des femmes se fait lire avec plaisir, il faut un certain courage pour affronter la volumineuse Satyre Mé- nippée contre les femmes, de Thomas Sonnet, docteur en méde- cine et gentilhomme virois, qui date des premières années du dix-septième siècle. Elle se vendait à Lyon chez Vincent de Cœursilly, en rue Tupin, à l'enseigne de la fleur de Lys. La poésie de Thomas Sonnet, si tant est qu'on puisse donner le beau nom de poésie aux alexandrins fort plats qu'il a présentés aux lecteurs peu délicats, sent l'amphithéâtre : et les détails ana- tomiques qu'il prodigue relèvent d'Esculape, mais non point de la Muse. S'il était aussi bon médecin qu'habile poète, il a dû glorieusement mériter l'épithète que La Fontaine donnait à la peste, Capable d'enrichir en un jour l'Achéron. C'est au point de vue physiologique qu'il s'est placé pour criti- quer le mariage et pour en noter les poigrantes incommodités et traverses. C'est de la différence des tempéraments que, selon lui, procèdent tous les malheurs qui naissent sous les pas de l'Hymen.