Pour une meilleure navigation sur le site, activez javascript.
page suivante »
328                  LA R E V U E LYONNAISE
d'adorable, de pur, de suave comme cette figure de l'Enfant-Dieu.
De sa tète blonde jusqu'à ses petits pieds enfoncés dans le giron
maternel, tout dort, tout s'abandonne avec une confiance naïve et
charmante.
    Quelques grains de corail rouge à son cou blanc, animent d'une
vive note de couleur la rose blancheur de sa chair potelée de petit
enfant. Le sein virginal, net, rond, saillant, est à portée des lèvres
enfantines, dans sa chaste nudité. Le regard de la Vierge est
abaissé sur Jésus ; elle lui sourit et elle l'adore, et cette double
expression de respect et d'amour, de tendresse maternelle et de
vénération pieuse, est rendue avec une simplicité de moyens et un
 art infinis.
     La main gauche de Marie est appuyée sur un livre de prières,
 missel richement orné, ouvert en une page où on lit distinctement
 quelques versets des psaumes de la pénitence. A ses pieds, une
 coupe d'orfèvrerie chargée de fruits, poires, grenades et raisins.
 Un verre à pied, couvert d'un chapel de pierreries, se voit à droite.
 A gauche, un citron à demi pelé montre son zest tordu. Ce tableau
 remarquable dont les dimensions sont de 73 centimètres sur 85, a
 été acquis à la vente Gilibert par un amateur heureux et expert en
 matière d'art, bien connu à Lyon, M. Galamard, au prix de
 2.500 francs. 11 le céda quelques années après à un marchand
 italien, M. Spiridion, qui lui offrit une majoration de près des deux
  tiers du prix d'achat. M. Spiridion emporta le tableau à Paris et, en
  1877 ou 1878, il le revendit 25.000 francs à M. X... dont il orne
  aujourd'hui la galerie.
      Malgré le catalogue, ce tableau ne saurait être attribué au
  maître de Nuremberg. Le type de la Vierge est infiniment plus
  naïf, plus pur, que celui que reproduisait le plus souvent Durer.
  Les plis des vêtements ne présentent pas ces plis rigides et cassés
  qu'affectionnait cet artiste. Le travail est moins énergique, plus
  mièvre et plus large à la fois.
      M. Calamard croit que ce tableau procède de l'école de Franc-
   fort ; je m'incline, mais je conclus avec lui, sans hésiter, qu'il est
   encore moins d'Albert Durer que celui du Musée, et que Lyon, à
   ma connaissance, ne possède aucun échantillon authentique de
   l'œuvre de ce maître.