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338                   LÀ REVUE LYONNAISE
s'organiser plus complètement. Mais revenons à ces chefs rassem-
blés à l'hôtel de ville et à qui je m'adressai pour obtenir la sauve-
garde de M. Vigière.
   Il me serait assez difficile de dépeindre l'agitation qui régnait
dans les différents bureaux et surtout dans le cabinet particulier
du maire. Là, M. de Bubna, dont j'aperçus la haute stature et la
face brunie, tempêtait et jurait, ripostant en allemand à des colo-
nels qui se plaignaient que leurs soldats ne pouvaient pas se laisser
mourir de faim :
   « Mille noms du diable, on l'a voulu. L'occupation a été trop
précipitée. Dans une grande ville comme celle-ci, la peur chasse
le pain. Tirez-vous d'affaire comme vous pourrez.
   — Mais, Excellence !...
   — Laissez-moi en repos, point de réplique et surtout point
d'excès, ou vous verrez ce qui arrivera.
   — Qu'est-ce que « fous foulez » ? me dit un aide de camp qu'à la
fin je coudoyai.
   — Ich bitte, ich wùnschte eine Salvegarda fur diesen Maire.
 — Ach so, sie sprechen deutsch ? — Ja wohl ! — Desto besser.
(— Je vous prie, je désirerais une sauvegarde pour ce maire et sa
commune. — Ah ! vous parlez allemand, tant mieux ! eh bien !
deux hommes que vous nourrirez.) »
   Un petit officier donna un mot d'ordre au sergent du poste prin-
cipal qui en détacha des fusiliers et Vigière partit.
   Le lendemain, il fut question de frapper la ville d'une forte contri-
bution et, pour en accélérer le paiement, on parlait de prendre
pour otages les principaux notables. Très heureusement qu'un
Francfortois, domicilié à Lyon, l'honorable M. Berna, chez qui le
général Bubna logeait, lui fit sentir qu'une mesure semblable
paralyserait tout, qu'il fallait procéder par voie de douceur et
traiter régulièrement par l'entremise des autorités. Déjà quelques
personnes marquantes étaient consignées à l'hôtel de ville.
   Cette quinte métallique passa.
   Nous devons aussi à M. Berna d'avoir sauvé la vie à un Bressan,
qui, molesté par un soldat dans sa propriété et ses affections con-
jugales, en avait fait justice. Le coupable stationnait en face de
l'hôtel Tholozan; il était menacé d'être fusillé sur-le-champ. Le