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                     UN P R Ê T R E PHILOSOPHE                        363
de l'ordre légal comme de celle de l'ordre moral. Toutes les législa-
tions du monde distinguent des meurtres volontaires etdes meurtres
involontaires : or, elles ne le feraient certainement pas, si tous étaient
également marqués du caractère de la fatalité.
   M. Pernet prouve l'immortalité de l'âme par l'argument très
connu que nulle substance ne s'anéantit et que, par conséquent,
l'àme, qui est une substance et une substance si noble, ne sau-
rait être anéantie. Et qu'on ne dise pas que la dissolution du corps
peut déterminer l'anéantissement de l'âme.Elle ne lui est pas tel-
lement unie qu'elle n'ait sa vie propre et indépendante, comme le
prouve, dès à présent, l'exemple des méditatifs et des saints dont
la vie intellectuelle et morale est d'autant plus intense qu'ils tiennent
plus énergiquement leurs sens à la chaîne. M.Pernet invoque encore,
en faveur de la doctrine de l'immortalité les désordres qui éclatent
dans le monde moral, désordres qui tranchent d'une manière si
choquante avec l'ordre du monde physique et qui postulent un
autre monde où l'ordre moral régnera dans sa plénitude. 11 invoque
enfin le désir insatiable de bonheur qui tourmente l'être humain et
qui est si peu satisfait sur cette terre, désir qui doit pourtant être
satisfait quelque part, sans quoi il n'y aurait pas corrélation entre
nos attractions et nos destinées.
   Ce travail de M. Pernet sur l'âme humaine est, comme on voit,
fort intéressant et même assez complet. Cependant nous nous per-
mettrons d'y signaler à l'auteur deux lacunes de quelque impor-
tance. Il ne dit rien d'une doctrine qui tend aujourd'hui à prédo-
miner dans le monde philosophique, de la doctrine associationniste
de Stuart Mill et de M. Taine, aux termes de laquelle le moi ne
serait qu'un tissu de sensations destiné à se dissoudre comme il s'est
formé. Une parle pas davantage du système ingénieux et séduisant
de Ballanche et de Jean Reynaud qui nous attribue, après la mort,
non pas une existence unique et définitive, mais une série indéfinie
et progressive d'existences.
   Le second livre de l'ouvrage de M. Pernet, qui traite de l'exis-
tence de Dieu, n'offre pas tout à fait les mêmes caractères que le
premier, qui traite de lame. S'il le surpasse pour la richesse des
descriptions et pour l'étendue de l'érudition, il lui cède peut-être
pour la précision et la rigueur scientifiques.L'auteur glisse, en effet,