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344                      LA REVUE LYONNAISE
de cet adroit diplomate, dont le sourire nous accueillit avec une
grâce toute particulière.
   Sa tête était poudrée, ce qui ajoutait à sa douceur et à la finesse
de ses traits. Son habit bleu foncé, à boutons unis dorés. D'abord
quelques saluts. Puis M. de Laurencin portant la parole, se rendit
l'interprète de notre mission, des alarmes et des vœux de la ville
de Lyon, toute confiante en la clémence de l'empereur d'Autriche
et du puissant et généreux appui qu'elle espérait trouver auprès de
 M. de Metternich.
    « Comment, messieurs, pouvez-vous en douter ? Nous ne faisons
point la guerre en Vandales. Lyon est une ville tout européenne.
 Son industrie appartient au monde entier. Elle mérite sans doute
 une protection spéciale, et s'il est pourvu aux besoins pressants de
notre brave armée, les exigences n'auront rien de trop oppressif.
Je crois connaître les dispositions de Sa Majesté. Vous en jugerez
 vous-mêmes en sollicitant une audience, qui vous sera, je n'en
 doute pas, accordée. Je sais que tel est votre désir, et, demain
 matin, vous serez fixés sur l'heure de cette présentation. »
    Nous lui exprimâmes combien nous étions flattés de ces bien-
 veillantes dispositions.
    « Messieurs, dit-il après s'être plus intimement adressé à
 chacun de nous, nous pouvons causer en famille. De grands liens
 subsistent entre la France et l'Autriche. Nous ne faisons point la
 guerre à votre nation, mais à l'ambition de l'homme extraordinaire
 qui la gouverne. La paix du monde est nécessaire ; son tempéra-
 ment semble s'y opposer, et quelque pressantes qu'aient été les
 recommandations, les offres et les sollicitudes de l'Autriche, la
 guerre est tellement son élément qu'il faut le vaincre. Nous n'avons
 aucun ressentiment personnel contre lui. Ses procédés pour l'im-
 pératrice ont été parfaits: mais de hautes, très hautes considéra-
 tions nous pressent et nous dirigent. La partie est si fortement liée
 qu'il est difficile de prévoir quelle en sera l'issue. Nous ne devons
 pas tarder à recevoir des dépêches de la plus haute importance.
 Les alliés sont en force devant Paris 3 . »

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     L'extrait suivant, tiré des documents officiels, concernant cette époque, confirme
d'une manière frappante l'exactitude du récit du négociateur lyonnais. Le prince