Pour une meilleure navigation sur le site, activez javascript.
page suivante »
334                     LA R E V U E     LYONNAISE

   Quelques jours après, des détachements français sortaient delà
ville dès l'aube au son plaintif d'un petit cornet. A dix heures du
matin, quelques coups de canons dans la direction de Montluel
nous apprirent que les deux drapeaux se saluaient. Les coups
s'éloignèrent, il devenait certain que les Français reprenaient l'of-
fensive. Gomme les visages se rassérénèrent! Puis, sur les bords de
la Saône, on vit défiler d'autres phalanges se portant sur Mâcon.
Lyon respira. La bravoure d'Augereau, les nouvelles de glorieux
combats livrés par Napoléon, la sotte confiance que l'on accordait
à l'impératrice Marie-Louise, l'image du petit roi de Rome que
l'on considérait comme un talisman propre à arracher d'heureuses
conditions de paix aux entrailles de son grand-père, diminuaient
les appréhensions et rendaient du courage. On parlait d'une levée
en masse dans les Vosges, on amplifiait les succès de l'empereur,
on se rêvait de rechef sur le Rhin! Comme l'on passe vite de la
crainte à l'espérance et de l'espérance à l'orgueil! Mais le génie
belliqueux de la France ne résistait plus qu'épuisé sur le sol natal.
Malgré les efforts de nos soldats, les ennemis se renforçaient et
avançaient vers nous sous les ordres du prince de Hesse et du
général de Bubna '.
   Le dimanche matin 3 mars, Ai. jjereau se porte sur les hauteurs
de Limonest avec son état-major. On s'attendait à une action devant
décider du sort de la ville. Inquiet du pillage auquel pouvait être
exposée la maison de campagne de ma mère, à Saint-Didier-au-
Mont-d'Or, j'y cours en carriole pour rapporter quelques objets
précieux qui s'y trouvaient déposés et je les entasse dans ma voi-
ture. A peine étais-je remonté du vallon de Saint-André vers la
grand'route de Paris que le canon gronde fortement, à coups re-
doublés. Rapidement l'ennemi s'approche : il repousse nos colonnes.
J'ai néanmoins le temps de rentrer dans Lyon et de regagner mon
domicile. La situation des nôtres ne permet plus de douter que

  1
     Ferdinand, comte de Bubna et Littnitz (1768-1825), était né en Bohême. Il se
distingua contre les Turcs en 1789 et 1790, et contre la France de 1792 à 1797; il
devint aide de camp de l'archiduc Charles. Plus tard, il combattit à Austerlitz, à
Essling, à Wagram. Il pénétra eu France par la Suisse, occupa Lyon après la retraite
d'Augereau. En 1815, Suchet lui infligea un échec en Savoie. Après avoir été gou-
verneur de la Lombardie en 1821, il mourut à Milan en 1825.