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          ÉCRITS SATIRIQUES CONTRE LES FEMMES                       295
            Muse poursuyvons donc par les tempéramens,
            Qui pour estre divers causent mille tourmens
            Aux amans asservis au joug de Mariage,
            De contraires humeurs formant un grand orage :
            De la diversité de leurs complexions
            Naissent le plus souvent mille dissentions.
            Leurs hum3urs rarement ont mesme sympathie.

    Brodant sur ce thème admirable, il prodigue les fleurs de sa
 rhétorique, à accoupler ensemble, dans d'interminables amplifi-
 cations, le sanguin avec la flegmatique, le flegmatique avec la
 sanguine, la colérique avec le mélancolique, etc., etc. Changeant
 ensuite de système, il passe à l'étude des caractères : là il fait
défiler sous les yeux du lecteur courageux qui brave l'ennui de
cette rapsodie la belle et le jaloux, la laide, la jalouse, la riche,
la pauvre. Dans ces portraits de dimensions fantastiques, il y a
quelques traits heureux de ci de là : mais pour découvrir une
fleur, il faut soulever et débarrasser tant d'épines qu'on laisse
là le livre et l'auteur.
   Je ne regarde pas comme moins soporifique la seconde satire du
même Thomas Sonnet, qu'il a appelée : « Thimethelie, ou censure
des femmes, satyre seconde en laquelle sont amplement descrites
les maladies qui arrivent ordinairement à ceux qui vont trop sou-
vent à l'escarmouche, soubs la cornette de Venus. »
   Quelque mauvais qu'ils fussent, ou peut-être parce qu'ils étaient
mauvais, les vers du docteur Sonnet furent vivement critiqués : il
y eut même une contre-satire à la louange des dames. L'auteur qui,
paraît-il, n'était point un flegmatique ou un mélancolique, mais
un sanguin, prit feu. Il riposta par une « Deffence apologétique »
et par une « Response à la contre-satyre ». Ce que j'ai dit plus
haut de la violence qui déshonorait les querelles littéraires à cette
époque trouve ici sa pleine confirmation. La colère d'Achille n'est
rien auprès de celle de notre poète. « Chenilles rampantes, c'est en
ces termes qu'il apostrophe les critiques, qui vous efforcez de la
dent venimeuse de vostre médisance, de ronger et gaster les prin-
tannieres fleurs, que les brusques et chaudes vapeurs de ma Muse
ont naguère fait esclorre, dans le jardin d e l à France, Oyseaux
importuns et salles harpyes qui de vostre bec empoisonné, voulez
souiller et gouspiller la netteté et pureté de ma moisson poétique... »