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ÉCRITS SATIRIQUES CONTRE LES FEMMES 291 tantost pleure pour un mesme sujet ; tantost veut, et ne veut pas, tantost s'attriste et se resjouyt, tantost parait un aigneau tantost un satyre, enfin est à naistre celuy qui ne cognoist point son instabilité, sa légèreté, son inconstance et son infidélité Je dis qu'il n'y a rien au monde de léger et perfide que le sexe féminin. La perfidie de la femme paroist en ce que pour venir à bout de son dessein, elle tromperoit père et mère, et les plus grands de ses amis, ouy bien mesme celuy de qui elle tient le premier estre de la vie. » Ne voit-on pas déjà poindre dans ces quelques lignes la langue claire, sobre de notre grand siècle littéraire? La phrase est un peu longue, j'en conviens, mais durant tout le dix-septième siècle elle demeurera telle jusqu'à ce que Voltaire vienne lui donner la con- cision et l'incisivité. A la suite de son Alphabet, Olivier a fait imprimer un petit opuscule de même genre qu'il appelle : Pourtraict racourcy d'une femme mondaine pour le friant Dessert de ces Cour- tisans et Partisanes. Il y interpelle d'abord un écrivain qui avait pris la défense des dames et publié un livre en réponse à son Alphabet 2. La grossièreté des termes injurieux qu'il y emploie, la violence de l'attaque donnent une singulière idée de l'urbanité que chacun mettait alors dans la polémique ; et ce serait un livre fort curieux qu'on pourrait écrire sur les querelles littéraires et philo- sophiques du seizième siècle. Quant aux discussions religieuses, elles dépassent toutes les bornes : catholiques et protestants s'y disputent la prééminence de la trivialité et du bas langage : le nom de l'animal qui se nourrit de glands y revient à chaque instant : et encore est-ce une des épithètes les plus anodines que les adver- saires se lancent réciproquement au visage. - Mais ce n'est point là notre sujet : et, comme dit Panurge, revenons à nos moutons. Tout ce qu'a pu dire Jacques Olivier aux mauvaises femmes dans son A B G ne satisfait point sa bile : il éprouve le besoin de 1 II s'agit de: La défense des femmes contre l'Alphabet de leur prétendue 'malice et imperfection, par le sieur Vigoureux, capitaine du cliasteau de Brye comte Robert. (A Paris, chez Pierre Chevalier, 1617.)